Les couleurs des drapeaux des différentes organisations syndicales ou étudiantes sur place pour cette manifestation donnaient le ton à un rassemblement comme le Québec n’en a jamais vu dans son histoire syndicale.
C’est en effet la première fois qu’une manifestation regroupe autant de factions syndicales à travers le monde, tout réunis derrière une même cause : lancer un message clair à Rio Tinto Alcan qu’elle ne réussira pas à écraser les 780 employés mis en lockout le premier janvier dernier.
Le Syndicat des Métallos, la Fédération syndicale internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie (25 millions de membres répartis dans plus de 200 syndicats dans 100 pays), La Fédération internationale des syndicats des travailleurs de la chimie, de l’énergie, des mines et des industries diverses (20 millions de travailleurs), le Syndicat des travailleurs australiens, le Syndicat des employés forestiers, de la construction, des mines et de l’énergie australien, la CSN, la FTQ, le Congrès du travail du Canada, Los Minéros du Mexique, le Syndicat maritime australien, le Syndicat national des mineuses et mineurs d’Afrique du Sud, les TCA et bien d’autres organisations avaient tous des représentants à Alma pour cette marche de solidarité, sans frontières.
Les organisateurs de la manifestation avaient fait les choses en grand avec un cordon de sécurité très étanche de plus de 100 travailleurs, clairement identifiés et qui encadraient la foule qui suivait à la lettre les consignes.
Lors d’un point de presse quelques minutes avant que ne débute officiellement cette grande marche du 31 mars, Marc Maltais, le président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma, s’est montré particulièrement fier du succès de la manifestation. Sans être en mesure de dire combien précisément de gens participeraient à la marche, Marc Maltais a surtout tenu à souligner que l’important, c’était notamment la représentativité internationale et la solidarité qui se manifeste à travers les représentants en provenance des quatre coins de la planète.
Abordant brièvement la question des négociations, Marc Maltais a notamment dénoncé la partie patronale qui a en quelque sorte violé le protocole du silence entourant la reprise des négociations depuis mercredi dernier.
« On n’embarque pas dans cela de parler sur la place publique et pour nous, la vraie négociation va se faire derrière des portes closes », s’est-il limité à commenter tout en rappelant que même si les deux parties se parlent face à face, on est encore loin d’un règlement.
Orateurs acclamés
Tel que prévu, dès 13 h 30, pendant près de 45 minutes, dans le stationnement des Galeries Lac-St-Jean, une dizaine d’orateurs ont pris la parole tour à tour pour dénoncer d’une part les agissements de la compagnie Rio Tinto Alcan ou encore la complicité du gouvernement du Québec dans ce dossier et sa non-intervention qui permet à RTA de vendre ses surplus d’électricité à Hydro-Québec.
En janvier, cette vente a représenté quelque 10 M $ et en février, on parle d’un montant supérieur à 15 M $.
Tantôt en français, tantôt en anglais, chaque intervention au micro soulevait de solides applaudissements de la part d’une foule solidaire.
Et ces interventions avaient toutes un point en commun : apporter un support moral et financier envers les 780 employés en lockout à Alma.
En ordre, les représentants syndicaux de la planète ont pris place derrière la grande banderole principale qui ouvrait la marche et les 7000 manifestants présents ont suivi avec discipline.
« On n’embarque pas dans cela de parler sur la place publique et pour nous, la vraie négociation va se faire derrière des portes closes », - — Marc Maltais, président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma
À Place Festivalma où plus de 5000 manifestants sont restés, la série de discours s’est poursuivi avec cette même dynamique de dénoncer à la fois les agissements de Rio Tinto Alcan et la complicité du gouvernement Charest.
Pour un, Michel Arseneault a souligné le caractère historique de cette marche de solidarité internationale.
Puis, Daniel Roy, directeur québécois du Syndicat des Métallos est venu rappeler que cette manifestation est une étape.
« On a fait notre tournée de solidarité internationale et cette grande manifestation d’aujourd’hui, est la conclusion de cette démarche. Mais, on n’arrêtera pas là… Bientôt, ce sera l’assemblée des actionnaires de Rio Tinto Alcan et on sera là. Puis, il risque d’y avoir une campagne électorale bientôt. Si on est encore dans la même situation que maintenant, il va y avoir un autobus orange qui va suivre l’autobus de Jean Charest tout au long de cette campagne électorale », a scandé sous une ovation Daniel Roy.
Faisant approcher de lui trois jeunes enfants de lockoutés de l’Usine Alma, il a rappelé à tous que la présente bataille, on en la fait pas pour les salaires ou les fonds de pension, on la fait pour la relève.
Clôturant les allocutions, Marc Maltais a longuement insisté sur ce point.
« Les jeunes de demain n’auront pas moins que ce que nous avons eu », a-il conclu.
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