D’emblée, le choix de Dominic Champagne de remettre sur les planches, à l’occasion de la pièce Le Boss est mort, les monologues du « gars d’la shop » est séducteur. Ce sont grâce à des initiatives de ce genre que les plus vieux pourront se remémorer le génie de Deschamps et que les plus jeunes, à mon instar, pourront le découvrir de manière concrète. C’est de cette manière que notre culture ainsi que ses monuments pourront survivre. La production de la pièce se devait d’être brillante, de même que Benoît Brière, qui se trouvait dans de grands souliers à chausser. Mission accomplie.
Nous nous retrouvons donc avec le « gars d’la shop », dans un décor minimaliste d’habitation délabrée, occupant seulement le centre de la scène. Bouleversé par la mort de son « boss », le personnage plonge dans une introspection de sa vie; l’occasion de se questionner est belle; « qu’osse ça donne? » sur bien des sujets, allant des unions à l’éducation, en passant par l’union maritale, le traitement des personnes âgées et, bien sûr, le bonheur. À travers ces sujets, nous retrouvons la satyre de la classe travailleuse québécoise d’antan, coincée dans sa mentalité de petitesse, mais aux prises avec le changement. On parvient à plonger dans les textes de Deschamps facilement, en partie grâce au fait que nombre de ces sujets nous touchent encore, malgré la grande distance que nous croyons avoir avec la société de l’époque. Dominic Champagne est parvenu avec brio à relier ces discussions éparses, nombre d’heures de monologues, afin d’en faire une pièce de deux heures à la structure cohérente.
De son côté, Benoît Brière faisait lui aussi face à un énorme défi : personnifier le « gars d’la shop » sans toutefois tomber dans la caricature. Or, nous sommes rassurés dès le commencement, l’acteur a su s’approprier le personnage et le jouer à sa manière. Il arrive qu’il fasse entorse à ces dires et que nous pouvions percevoir sur quelques mots ou expressions une imitation d’Yvon Deschamps, mais c’est bien là la faute au caractère unique du personnage, couplé à son vocabulaire des plus singuliers. Il réussit aussi, certes moins brillamment que Deschamps, à placer de petites touches d’humour en quelques occasions bienvenues. Affublé du devoir de nous captiver à lui seul, au billet d’un personnage si singulier, de surcroît placé dans un rôle si dramatique, nous pardonnerons à Brière ses menues erreurs de parcours. Finalement, je dois dire qu’il parvient à nous plonger dans ses histoires, et de nous tenir suspendus à ses lèvres. On n’en attendait pas moins d’un comédien de sa trempe.
À la suite de ces commentaires élogieux, je ne peux que vous recommander la pièce Le Boss est mort, que vous en soyez à la découverte d’Yvon Deschamps ou à la contemplation de son héritage culturel. À défaut de voir un spectacle du légendaire comédien, vous assisterez à une production dont il peut être fier d’être le père. À voir, si vous pouvez vous payer les billets!
