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Les petites scieries s'en tirent relativement bien, mais… !

Menaces des Américains sur le bois d'oeuvre


Publié le 31 mai 2017

Les scieries essaient d'écouler leur bois d'œuvre sur d'autres marchés que les États-Unis pour éviter la surtaxe.<@

©Photo: TC MEDIA - france Paradis

INQUIÉTUDES. Si les mesures compensatoires des Américains sur le bois d'œuvre et les taxes imposées font mal aux grandes entreprises, les petites scieries indépendantes ne ressentent pas encore les effets de cette mesure. Elles s'en tirent relativement bien, mais… l'inquiétude est palpable et le pire reste à venir.

Afin d'évaluer ces impacts, TC MEDIA a consulté deux entreprises de sciage représentatives de notre marché régional, soit la Scierie Martel à Alma ainsi que Les Scieries Lac-Saint-Jean inc, située sur le Chemin St-André à Métabetchouan—Lac-à-la-Croix.

C'est plutôt à moyen et à long terme que l'on est inquiet.

Raynald Martel

Pas encore d'impact

Le Groupe Martel, bien connu sur le territoire, exploite la Scierie Martel (70 000 mètres cubes), deux magasins de la bannière BMR ainsi que l'entreprise Toitures Régionales. Le grand patron Raynald Martel, qui œuvre dans le domaine depuis plus de 30 ans, possède également à titre personnel l'entreprise Scierie Tremblay de la route du Lac Est (25 000 mètres cubes).

©Photo: TC MEDIA - france Paradis

« Pour nous, une bonne partie de notre production est vendue à nos filiales comme Structures Martel et nos deux magasins BMR. L'excédent est vendu sur les marchés québécois, car nous, on n'envoie pas de bois aux États-Unis. Par contre, la taxe américaine, présentement, elle n'a pas encore eu d'effets, car le prix du bois est quand même bon ces temps-ci. C'est plutôt à moyen et à long terme que l'on est inquiet. Qu'est-ce qui va arriver si les gros producteurs qui expédient aux États-Unis ne peuvent plus le faire ? Ils vont venir déverser leur bois sur notre marché canadien et ça va avoir un effet d'amener du bois supplémentaire dans le marché et ça va faire baisser les prix. Mais pour le moment, ce n'est pas encore le cas », analyse dans un premier temps Raynald Martel.

Cependant, l'inquiétude grandit beaucoup plus au niveau des copeaux que de la taxe américaine.

L'inquiétude est grandissante pour la question des copeaux de bois alors que l'on redoute la fermeture de certaines papetières.

©Photo: TC MEDIA - france Paradis

« Nous, notre volume n'est pas énorme (1000 tonnes), mais il y a des surplus de copeaux chez les scieurs du Québec et les papetières sont toutes au maximum dans leur approvisionnement. Il s'agirait d'en fermer une demain matin et que l'on retire 150 000 tonnes de disponibilités, on aurait des problèmes. Ça nous inquiète plutôt là que la taxe américaine. C'est ça notre grande inquiétude. S'il fallait par exemple que Résolu lève le bras et dise que Kénogami ou Dolbeau ferment, ce serait 150 000 tonnes de moins. Nous, les scieries, on ne peut pas empiler des copeaux indéfiniment dans nos cours d'autant plus que ça l'a une durée de vie et ça se détériore avec le temps », explique Raynald Martel.

Ce dernier suit au jour le jour l'évolution dans ce secteur en surveillant attentivement les effets de la taxe américaine sur les marchés.

En bon philosophe, il se dit: « On verra à l'usage. »

©Photo: TC MEDIA - france Paradis

Exporter ailleurs

Les Scieries Lac-Saint-Jean inc se spécialise dans le secteur du bois d'oeuvre résineux sec de dimension. Elle produit également des copeaux de résineux, de la sciure et de l'écorce. La scierie détient un contrat d’approvisionnement et d’aménagement forestier de 100 000 mètres cubes par année et produit actuellement 25 millions de PMP (pieds mesure planches) par année. En plus du marché canadien, une partie importante de la production est vendue, via des grossistes, sur des marchés d’exportation tels que les États-Unis, le Moyen-Orient et l'Europe. Appuyée par une saine gestion et la mise en marché de produits de grande qualité, elle a ainsi pu conquérir de nouveaux marchés d’exportation.

« Pour le moment, le marché baisse. Cependant, cet élément-là de la taxe américaine, on va plus le voir à moyen terme. La problématique, c'est que nous, nos marchés sont plus canadiens alors que le côté américain, on l'avait délaissé depuis quelques années. On y avait été beaucoup, mais c'était difficile depuis la crise », explique dans un premier temps Manon Simard, directrice générale.

Ce marché canadien représente quelque 80 % du chiffre d'affaires de l'entreprise. Un autre 10 % va vers les États-Unis et l'autre 10 % au Moyen-Orient.

©Photo: TC MEDIA - france Paradis

Ce que redoute l'entreprise, c'est que les grandes entreprises canadiennes risquent de se tourner vers les marchés canadiens pour écouler leur production afin de ne pas être pénalisées par la surtaxe américaine.

« Pour le moment, nous ne sommes pas trop affectés, mais quand les autres vont arriver sur nos marchés que ça va être plus difficile. Pour le moment, il n'y a pas encore d'impacts sur les employés, car nous ici, on fonctionne avec un quart de travail à l'année. On verra », de conclure Manon Simard.

©Photo: TC MEDIA - france Paradis