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Joseph Benjamin et Lauréat Dominique peuvent enfin reposer en paix

Commémoration de leur noyade, il y a 50 ans


Publié le 4 août 2017

Rose-Anna Hervieux, l'épouse de Lauréat Dominique et Marjolaine Benjamin, la plus jeune fille de Joseph Benjamin, ont soulevé le voile sur la plaque commémorative.

©Photo: TC MEDIA - France Paradis

CÉRÉMONIE. Une cérémonie empreinte de sobriété et de symbolismes a marqué la commémoration de la noyade de deux autochtones de Mashteuiatsh, Joseph Benjamin et Lauréat Dominique, le 3 août 1967, sur la Rivière Petite-Décharge, au centre-ville d'Alma. Une plaque commémorative a été dévoilée, à quelques mètres d'où le drame s'était déroulé sous les yeux de plus de 20 000 spectateurs à cette époque.

Rose-Anna Hervieux, l'épouse de Lauréat Dominique et Marjolaine Benjamin, la plus jeune fille de Joseph Benjamin, ont soulevé le voile sur une plaque commémorative où l'on voit en photo les deux hommes qui s'apprêtaient à prendre le départ de la course fatidique et une inscription en langue Innue et en français qui dit simplement: « En mémoire de messieurs Joseph Benjamin et Lauréat Dominique, décédés le 3 août 1967 lors d'une descente en canot de la rivière Petite-Décharge, organisée dans le cadre du 100e anniversaire d'Alma ».

La plaque est posée à quelques mètres d'où le drame s'est produit, il y a 50 ans.

©Photo: TC MEDIA - France Paradis

La peine qui a été infligée aux familles, on le ressent encore aujourd'hui.

Clifford Moar

Cette commémoration s'est déroulée dans le cadre des fêtes du 150e anniversaire de la Ville d'Alma et se voulait une reconnaissance de ce fait de l'époque qui est quelque peu tombé dans l'oubli.

Réconciliation

Cette cérémonie sobre et respectueuse, empreinte d'émotions et de respect, s'est notamment déroulée en présence de plus d'une centaine de personnes dont de nombreux représentants de Mashteuiatsh et de diverses autres communautés de la Côte-Nord.

Tradition oblige, c'est au son du tam-tam et d'un chant traditionnel que s'est ouvert l'événement, les gens écoutant religieusement cette prestation rendant hommage au Grand Manitou, au Créateur et aux quatre grandes directions, soit l'Est qui représente le feu, le Sud celui de l'eau, l'Ouest celui de la terre et le Nord celui de l'air.

Les gens se sont rendus au milieu de la passerelle pour offrir des offrandes à la rivière en souvenir des deux hommes disparus.

©Photo: TC MEDIA - france Paradis

On a ensuite rappelé les événements d'il y a 50 ans et comment cette tragique course en canot a endeuillé deux grandes familles de Mashteuiatsh en nommant les survivants de ce drame qui étaient au cœur même de la célébration à titre de conjointe, d'enfants ou de petits-enfants des deux disparus.

Interrogé sur l'espace de 50 ans séparant le drame et la cérémonie d'hier, Clifford Moar, chef de Mashteuiatsh, estime tout simplement:« Si cela a pris 50 ans pour se faire, c'est parce qu'il fallait attendre 50 ans pour que ça se fasse: c'est comme ça que la vie enseigne les choses et il n'est jamais trop tard pour bien faire. »

La récitation d'un poème, œuvre des artistes Sonia Robertson de Mashteuiatsh et Charles Sagalane d'Alma, a été suivi par le dévoilement de la plaque souvenir.

Le maire d'Alma, Marc Asselin, Michel Brassard, président des fêtes du 150e de Ville d'Alma ainsi que Clifford Moar, chef de Mashteuiatsh.

©Photo: TC MEDIA - france Paradis

Après quoi, les membres de la famille se sont déplacés sur la passerelle surplombant la rivière pour offrir en offrandes un bâton contenant les esprits de la communauté, des morceaux d'écorce et quelques bouquets de fleurs. Des ballons blancs à la mémoire des deux hommes ont été lancés.

« La peine qui a été infligée aux familles, on le ressent encore aujourd'hui. Je veux témoigner toute mon admiration au courage que ces deux familles-là font aujourd'hui en étant présentes. Ça demande beaucoup de courage, ça demande beaucoup d'humilité. Les gens de la communauté sont avec vous pour partager cette peine, la douleur que vous avez traversée », a notamment lancé Clifford Moar.

Quant au maire d'Alma, Marc Asselin, il avait 14 ans au moment des événements et il était présent au centre-ville.

La cérémonie était soble et solennelle.

©Photo: TC MEDIA - france Paradis

« Cette cérémonie que nous faisons aujourd'hui se devait d'être faite. On n'a jamais oublié ce qui s'est passé…Cinquante ans plus tard, ceux qui étaient présents ce jour-là, se rappellent encore du combat mené par les deux canotiers pour tenter de rejoindre la rive ou s'agripper à leur canot. Ce sont-là des images qui restent gravées en mémoire à tous jamais. Je peux en témoigner. J'avais 14 ans lorsque ces événements-là se sont produits et 50 ans plus tard, les images sont aussi fraîches dans ma tête. On a tous été marqués par ces événements-là et on se devait de s'exorciser quelque peu », a lancé avec émotion Marc Asselin.

©Photo: TC MEDIA - france Paradis