Alcan et Abitibi : la dépossession de nos fleurons !
Au cours des prochaines semaines, deux enjeux majeurs seront sur la table des régionaux, soit l’acquisition de la multinationale Alcan par le géant international Rio Tinto et la fusion entre Bowater et Abitibi Consolidated. C’est toute notre base industrielle lourde régionale qui va subir, à moyen et long terme, les effets de ces changements majeurs dans les grands marchés de l’aluminium et du papier/bois d’œuvre.
Ce qui est le plus bouleversant dans ces deux histoires, c’est que l’on n’a guère d’autres choix que d’assister à ces grands changements en commentant la situation, mais avec la conviction que l’on n’a pas d’emprise sur les conclusions de ces décisions d’affaires.
Ici, on ne parle pas d’histoires de quelques centaines de millions de dollars; on est dans la classe supérieure des dizaines milliards de dollars.
Où se retrouveront les sièges sociaux de ces nouvelles entreprises ? Qui seront les prochains acteurs avec qui on devra négocier l’avenir de la région ? Où se prendront les véritables décisions en regard d’une fermeture d’entreprise, une rationalisation des emplois ou une décision d’investissement ?
Poser la question, c’est en quelque sorte, pour le moment, demeurer sans réponse, car tout reste à faire ou presque à ce chapitre.
Tout le climat de confiance que nos élus et décideurs locaux avaient mis tant de temps à bâtir avec les grands patrons d’Alcan et Abitibi Consolidated, là, tout est à recommencer !
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D’abord Alcan. La région a grandi avec cette compagnie depuis le milieu des années 1920. Les usines et barrages de l’entreprise ont modelé à tout jamais le paysage de la région, incluant le lac Saint-Jean qui aujourd’hui, n’est plus qu’un véritable réservoir, une immense piscine olympique ne servant qu’à des fins de production hydroélectrique. Et, par altruisme de la part d’Alcan, on peut l’utiliser comme lieu de détente et de villégiature.
Si en décembre dernier (2006) la haute direction de la multinationale s’engageait à faire de la région un paradis de production d’aluminium avec des investissements de quelque deux milliards de dollars en 10 ans, qu’en est-il de ces engagements aujourd’hui ?
Quand Alcoa s’est présentée dans le décor en mai dernier pour faire une proposition d’acquisition d’Alcan, tout le monde savait qui était Alcoa.
Mais quand Rio Tinto est arrivé avec sa proposition, bien des gens ont fait comme moi : une recherche sur Internet pour découvrir l’identité de cette entreprise.
Rio Tinto est un des plus importants groupes miniers à travers le monde dont le siège social est situé au Royaume-Uni, regroupant Rio Tinto plc, société inscrite à la Bourse de Londres, et Rio Tinto Limited, société inscrite à la Bourse d'Australie.
Rio Tinto s'occupe de prospection, d'exploitation et de traitement de ressources minérales. Elle produit principalement de l'aluminium, du cuivre, des diamants, de l'énergie (charbon et uranium), de l'or et des minéraux industriels (borax, dioxyde de titane, sel et talc) et du minerai de fer. Bien que ses activités soient d'envergure mondiale, Rio Tinto est solidement implantée en Australie et en Amérique du Nord et possède d'importantes entreprises en Amérique du Sud, en Asie, en Europe et en Afrique australe.
Certes, Alcan est une multinationale qui est partie du Canada pour faire affaire un peu partout dans le monde. Mais là, c’est l’inverse, un géant de l’extérieur qui vient s’emparer de l’un de nos fleurons industriels.
Et si le géant décide de faire du ménage, de changer les façons de faire ou bien d’abandonner certaines activités moins rentables pour le groupe, à qui devra-t-on s’adresser pour tenter de faire changer les choses ?
Il y a de quoi s’inquiéter dans la présente situation. Nos élus vont devoir patiner vite… et parfaire leur anglais s’ils veulent suivre le rythme.
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Dans l’autre dossier majeur, la fusion de l’entreprise canadienne Abitibi Consolidated et le groupe américain Bowater, est également une source d’inquiétude.
Abitibi, selon les analystes financiers, n’a pas le choix de se vendre ou de se fusionner avec un autre joueur dans un contexte de marché aussi difficile en Amérique du Nord. Il en va de la survie de l’entreprise qui demeure le plus important producteur de papier journal en Amérique, un secteur qui plante du nez, et le plus important producteur de bois d’œuvre, à l’Est des Rocheuses.
Mais dans la région, la fusion Bowater/Abitibi Consolidated a de quoi inquiéter, car inévitablement, il y aura rationalisation dans la production.
Heureusement pour notre secteur, la papeterie Alma a su se bâtir un créneau de production qui la met un peu à l’abri. L’inquiétude est plus palpable dans le Haut-du-Lac.
Mais au chapitre du bois d’œuvre, il risque d’y avoir de grincement de dents, d’autant plus que la nouvelle entreprise fusionnée détiendra quelque 75 % des CAF (certificat d’approvisionnement forestier) dans la région.
Une main mise, mais on ne sait pas encore qui contrôlera cette main !