Les femmes ont raison d’être en colère
Il arrive régulièrement que je reçoive du courrier ou de la correspondance au nom de « Madame ou Mademoiselle France Paradis ». À 52 ans, il y a longtemps que je ne m’en offusque plus. Mais cette semaine, j’ai pleinement réalisé mon statut d’homme quand je me suis retrouvé dans une petite salle fermée, face à 10 femmes en colère, en train de me réciter le manifeste « Les femmes sont en colère ! Ensemble, nous pouvons renverser la vapeur ! »
J’ai alors pleinement réalisé à quel point, en 2007, la cause des femmes avait si peu évoluée. Il y a 30 ans, au début de ma carrière comme journaliste, j’ai souvenir encore de ces rencontres de presse où les femmes revendiquaient des améliorations à leurs conditions de vie et leurs revenus.
Pourtant, à entendre les revendications qui sont toujours défendues en 2007, on a l’impression que les choses n’ont guère évoluées, pour ne pas dire qu’elles se sont détériorées.
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Mardi, quelque 104 Centres de femmes, à travers tout le Québec, soulignaient la Journée nationale des centres de femmes.
À Alma, le Centre de femmes Au Quatre-Temps joignait sa voix aux autres pour dénoncer la pauvreté et l’exclusion des femmes et revendiquer ensemble un revenu décent pour toutes, des services publics et des programmes sociaux universels.
Dans les grandes villes, les gens étalent facilement leur pauvreté, noyés qu’ils sont dans la masse.
Mais, dans une région fermée comme la nôtre, la pauvreté est moins apparente. Mais, cela ne veut pas dire pour autant qu’elle n’est pas présente.
Nos pauvres sont fiers, ils ont conservé cette dignité — ou cette pudeur — de ne pas étaler en public leur statut de « pauvre ».
Quand ils doivent se rendre en ville, ils prennent soin de mettre leur plus beaux vêtements, de s’arranger pour ne pas que l’on remarque leur statut.
Mais, intérieurement, ils souffrent de leur état de pauvre. Le ventre vide, la tête qui tourne par manque d’énergie alimentaire, l’esprit perturbé par le fait de ne pas savoir de quoi sera fait demain.
Dans une société ultramoderne où l’on a l’impression que tout le monde a accès à tous les biens de consommation que la publicité nous bombarde à longueur de journée, on en vient parfois à oublier que pour une partie de la population, les pauvres, l’accès à ces biens est une question de rêve.
Les bien nantis regardent ces publicité en se demandant à quel moment ils vont aller chercher le produit; le pauvre regarde en n’osant même pas rêver qu’un jour, ils pourront s’offrir un tel produit.
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Les femmes sont en colère parce que le nombre de personnes pauvres augmente sans cesse. Elles sont en colère parce que le Québec a beau avoir une Loi contre la pauvreté et l’exclusion sociale, les gens n’arrêtent plus de s’appauvrir.
Les femmes sont en colère parce qu’avec 572 $ par mois, montant de base de l’aide sociale, on ne peut pas vivre… on survit !
Elles sont en colère parce qu’avec 836 $ par mois, montant auquel vous avez droit à l’aide sociale, si vous avez des contraintes sévères à l’emploi, on ne peut pas vivre, on vivote !
Elles sont en colère parce qu’avec un revenu de travail au salaire minimum, les projets de vie, c’est impossible d’en avoir.
Dans ce contexte, se sont tous les rêves qui sont anéantis, ce sont tous les projets qui sont abandonnés et qui ne se réaliseront jamais.
Après avoir payé le loyer qui augmente à chaque année, l’électricité qui augmente à chaque mois de mai, la bouffe qui augmente sans cesse, le téléphone qui augmente, les frais de transport qui augmentent. En bout de ligne, il ne reste plus rien sur le revenu, qui lui, n’augmente pas aussi vite !
Alors, le resto, le cinéma, les cadeaux, les sorties, les vacances… On oublie ça en se croisant naturellement les doigts pour ne pas tomber malade car sans sous, comment se soigner. Les ordonnances des médecins sont gratuites; les médicaments prescrits ne le sont pas !
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Calculer l’incalculable ! Voilà à quoi les pauvres passent leur temps, à longueur de journée.
À la longue, ça finit par user une personne, ça finit par user le moral.
La pauvreté, ça finit par tuer.