La vraie magie de la Centrale Péribonka IV
Lundi dernier, sur le coup de 11 h 45, le premier ministre du Québec a appuyé sur le bouton enclenchant le système libérant les premiers kilowatts de la nouvelle Centrale Péribonka IV sur le réseau d’Hydro-Québec. Quelques secondes plus tard, on a ressenti une forte vibration sous nos pieds alors que le premier des trois groupes turbine-alternateur venait d’entreprendre officiellement son cycle de vie.
Au cœur de la centrale creusée dans le roc, à 70 mètres sous terre, il m’est revenu en image cette première visite du chantier, à la fin de mai 2004. Du haut de la montagne, en rive Nord, j’avais alors réalisé la photo de la page Une de l’époque, soit un théodolite planté au milieu de nulle part.
Il fallait beaucoup d’imagination pour voir le futur barrage qui bloquerait la rivière afin de former le bassin de rétention permettant d’alimenter cette centrale qui produira d’ici mars prochain 385 mégawatts. Annuellement, cela représente 2,25 kilowattheures, soit l’équivalent en alimentation de 85 000 maisons unifamiliales.
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Lundi, j’aurais apprécié que Jean Charest fasse au moins une petite mention que le projet a été initié sous l’égide du Parti Québécois. En politique, on semble souvent oublier que l’histoire a existé.
Notamment, le 22 mars 2001, le ministre des Ressources naturelles et ministre responsable de la région du Saguenay—Lac-St-Jean de l’époque, un certain Jacques Brassard, confirmait que sur sa recommandation, les membres du Conseil des ministres venaient d'autoriser Hydro-Québec à réaliser les études d'avant-projet pour la construction d'une centrale d'environ 380 MW près du kilomètre 152 de la rivière Péribonka.
Le ministre soulignait alors que plusieurs devaient se souvenir qu'en 1992, cette idée de développer un grand projet hydroélectrique sur la Péribonka avait été mise de l'avant. Elle avait d'ailleurs fait l'objet d'un large consensus régional. De plus, Hydro-Québec avait pour sa part confirmé un certain intérêt pour cette rivière.
« La décision prise nous permettra donc de faire un premier pas et de procéder aux études requises afin d'établir les caractéristiques techniques, les impacts environnementaux et le calendrier de réalisation du projet », soulignait alors le ministre.
Ce projet permet de développer le potentiel résiduel de la rivière Péribonka. Il s'inscrit donc dans l’objectif d'optimisation des rivières déjà aménagées. Pour que ce projet devienne réalité, il devait répondre à trois conditions essentielles: rentabilité économique, acceptabilité environnementale basée sur les principes de développement durable et accueil favorable par les communautés autochtones, les instances locales et régionales.
L’histoire nous enseigne également un jalon majeur dans la naissance des mouvements écologiques du milieu des années 80.
Le projet Péribonka est, et restera toujours, un projet de compromis. Ce sont en effet les militants du Regroupement contre le harnachement de l’Ashuapmushuan, avec à leur tête Jean Paradis (aujourd’hui directeur général du Collège d’Alma), qui ont fait comprendre à Hydro-Québec, et par ricochet au gouvernement, que dans l’orientation d’un développement durable, il serait plus avantageux de conserver intacte la rivière Ashuapmushuan, mais de construire un nouveau barrage sur la rivière Péribonka. Son l’environnement était déjà lourdement taxé par la présence de trois centrales appartenant à la compagnie Alcan, soit Chûte-des-Passes, Chûte-du-Diable et Chûte-à-la-Savane.
Le regroupement comprenait tous les syndicats et de nombreux groupes sociaux de la région. Également, après de longues négociations avec la communauté montagnaise qui utilisait le site de la Péribonka depuis des générations, ces derniers ont cédé leurs droits avec l’assurance que le site de l’Ashuapmushuan, plus près de la Communauté de Masteuiatsh, leur serait plus profitable pour la poursuite de leurs activités traditionnelles.
C’est ça la vraie histoire. La suite des choses fut l’annonce officielle du projet par le premier ministre Bernard Landry au printemps 2003, la tenue des audiences publiques à l’automne 2003 et en mai 2004, à l’Hôtel de ville de Péribonka, triomphant, Jean Charest annonçait le début des travaux.
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Lundi, de tous les intervenants, celui qui m’a le plus rejoint, c’est Gilbert Dominique, grand chef de Masteuiatsh. Il a souligné, avec un pincement au cœur, que l’on venait d’engloutir à jamais un territoire ancestral pour les siens. Cependant, le choix a été fait pour assurer l’avenir de sa communauté, dans le respect mutuel des siens, de ses ancêtres et de la région.
C’est ça la vraie magie de Péribonka IV.