LE PRÉFET LÉONARD Côté.(Photo: France Paradis)
Site de l’Ascension: la décision est prise sous le « véto » de St-Bruno
On rejette la proposition du privé
Une nouvelle fois, le dossier du site d’enfouissement de l’Ascension a échauffé les esprits mardi soir dernier lors d’une réunion spéciale de la MRC Lac-St-Jean-Est. La saga se poursuit, les positions sont coulées dans le béton pour les maires du Nord et du Sud et la décision majoritaire de poursuivre le travail en fonction de transformer le site de l’Ascension en un lieu d’enfouissement technique (LET), jusqu’au 31 décembre 2013, a été bloquée par le maire de St-Bruno, Réjean Bouchard, qui a imposé le droit de véto que détient sa municipalité.
Immédiatement, le maire de Métabetchouan—Lac-à-la-Croix, Lawrence Potvin, a demandé au préfet Léonard Côté de convoquer dans les 10 jours une nouvelle réunion où les maires reprendront le vote. Il ne peut y avoir deux vétos sur le même dossier. À ce moment, si les mêmes élus votent dans le même sens, la résolution sera acceptée.
Les esprits étaient alors passablement échauffés mais le vase a littéralement débordé lors de la période de question alors qu’un citoyen de l’Ascension, Richard Harvey, présent dans le dossier depuis le début, a lancé des invectives envers les élus. Il a notamment lancé « slaquez la pédale, gang de caves ! » pour ensuite viser directement Lawrence Potvin, le qualifiant de « maire du Sud ».
Voyant le citoyen refuser de respecter les règles de procédure, le préfet Léonard Côté a alors usé de son pouvoir discrétionnaire et mis fin abruptement à la réunion devant des citoyens qui criaient des injures.
Comparaisons.
Une nouvelle fois, on a assisté à une confrontation entre les élus du secteur Nord et ceux du Sud et du Centre, les cinq représentants de Ville d’Alma, dont le maire Gérald Scullion, étant en faveur de la poursuite des activités au site de l’Ascension sur la base de l’entente intervenue en septembre 2007, à savoir que le site fermerait ses portes le 31 décembre 2013.
Un hic est apparu ces derniers mois dans le dossier, soit la nécessité de rendre conforme l’actuel site d’enfouissement. Quant aux travaux d’aménagement du LET, cela coûtera la bagatelle somme de 3 867 691,38 $, tel que proposé par le plus bas soumissionnaire, terrassement Jocelyn Fortin.
Face à cet ajout de coûts (mettre aux normes du site), au cours des derniers jours, la MRC Lac-St-Jean-Est a demandé une soumission de la part du secteur privé, soit le Service Matrec, propriétaire du parc environnemental AES de Larouche.
Le comité des matières résiduelles de la MRC disposait donc de tous les chiffres requis pour réaliser une solide comparaison entre les coûts de la poursuite des activités à l’Ascension et le recours aux services du secteur privé pour la gestion des déchets.
Deux options étaient alors sur la table, basées sur une période de cinq ans et sur une estimation de 300 000 tonnes de déchets provenant des trois MRC de la région. Celle de l’Ascension tient compte de tous les éléments, dont la mise aux normes de l’actuel site, l’aménagement du LET, la compensation de 100 000 $ à la municipalité de l’Ascension pour les cinq prochaines années, le coût de contrôle du lixiviat pendant 20 ans après la fermeture du site à la fin de 2013 ainsi que le coût d’enfouissement annuel pour les cinq prochaines années. Il s’agit d’une facture partagée entre les trois MRC du Lac Saint-Jean, mais pour la MRC Lac-St-Jean-Est, cela représente tout de même 45 % de la facture qui s’élèverait à quelque 21 987 384 $, soit un coût moyen de 73,29 $ par tonne par année. Cette évaluation tient compte également de la redevance au ministère du Développement durable pour chaque tonne et une estimation de 3 % d’augmentation par an. Cependant, la MRC ne paie pas de taxes.
La proposition du privé basée sur les mêmes éléments, incluant les taxes et redevances est de 108,56 $ la tonne par année pour les cinq prochaines années, soit une facture potentielle de 32 567 449,46 $.
La différence de quelque 10 millions $ a pesé lourd dans la balance de même que le fait que le certificat d’autorisation pour l’établissement du LET n’est pas encore délivré, ce qui pourrait aussi avoir une influence sur les montants à débourser, bien que la MRC soit relativement assuré de ce qu’il en coûtera. Le préfet Léonard Côté estime que le certificat pourrait être délivré au début du mois de septembre, ce qui laissera alors juste le temps pour réaliser les travaux, la date butoir étant le 9 janvier 2009 pour enfouir les déchets dans un LET.
Véto.
Le maire de St-Nazaire, Éric Girard, a invité son homologue de St-Bruno à user de son droit de véto pour bloquer la résolution en cours de discussion.
« Je suis mal-à-l’aise d’avoir dit aux citoyens que le site était conforme alors qu’ile ne l’était pas. On arrive ce soir avec un problème et je me dois d’utiliser mon droit de véto dans le cas présent. Je suis très inconfortable et par respect pour la population je me dois de l’appliquer pour que l’on ait le temps d’amener des éléments sûrs pour notre décision », a lancé le maire Réjean Bouchard.
L’application de ce droit de véto reporte la décision finale à la prochaine réunion. Attendu que le temps presse, le préfet Léonard Côté va tout faire pour convoquer les maires le plus rapidement possible (10 jours minimum) et il va multiplier les démarches et rencontres auprès de ses homologues afin de tenter de rallier les gens en prévision de cette décision finale qui engagera la MRC pour les cinq prochaines années, dans le respect de l’environnement et des ententes avec les municipalités du Nord.