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Lettre au Premier ministre Jean Charest

Crise forestière et développement des collectivités du Saguenay–Lac-Saint-Jean

Article mis en ligne le 10 juin 2009 à 13:45
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Lettre au Premier ministre Jean Charest
(Photo : Conférence régionale des élus Saguenay–Lac-Saint-Jean)
Lettre au Premier ministre Jean Charest
Crise forestière et développement des collectivités du Saguenay–Lac-Saint-Jean
Monsieur le Premier Ministre, le secteur forestier est omniprésent dans l’histoire du Québec. Il a été à la base du développement des régions et il a alimenté une filière industrielle et entrepreneuriale fournissant des biens et services à l’ensemble de la population québécoise. Au niveau économique, il a soutenu le développement des régions, l’occupation du territoire et a longuement contribué à doter le Québec d’une balance commerciale positive.
Ceci est d’autant plus vrai pour notre région dont l’activité économique repose en grande partie sur l’industrie des produits de la forêt générant près de 35 % des emplois manufacturiers de la région. L’industrie forestière est présente dans 23 municipalités et la Première Nation de Mashteuiatsh, et pour plusieurs, cela constitue la seule activité économique.

Rappelons que le taux de dépendance de l’industrie forestière des MRC du Domaine-du-Roy, du Fjord-du-Saguenay, de Lac-Saint-Jean-Est, de Maria-Chapdelaine et de ville Saguenay sont respectivement de 59,80 %, 79,9 %, 41,80 %, 70,38 % et 25,88 %.

Devant la durée inconnue et l’ampleur de la crise forestière et financière, nous avons tenu, le 17 avril dernier, une rencontre de concertation régionale non partisane à laquelle ont participé: M. Serge Simard, ministre délégué aux Ressources naturelles et à la Faune et responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, M. Jean-Pierre Blackburn, ministre du Revenu du Canada, et M. Denis Lebel, ministre d’État de l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec.

M. Gilbert Dominique, chef du Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean, les députés régionaux ainsi que les membres de la Conférence régionale des élus et le président de (CIDEL) participaient également à l’exercice.

Lors de cette rencontre, la région s’est dotée d’une cellule de gestion de la crise forestière et a invité les gouvernements fédéral et provincial à mettre en place une structure similaire, ce qui fut annoncé le lundi suivant.

Depuis plus de quatre ans, la CRÉ du Saguenay–Lac-Saint-Jean a fait parvenir au gouvernement du Québec plusieurs résolutions soulignant les impacts économiques de la baisse de l’activité forestière en région. De plus, en mars 2005, les intervenants des territoires Maria-Chapdelaine et Domaine-du-Roy regroupés au sein de CIDEL, ont signifié au gouvernement leur vive inquiétude dès les débuts de la crise, compte tenu de leur forte dépendance à l’égard de la forêt.

Aujourd’hui, c’est l’ensemble de la structure industrielle et entrepreneuriale forestière régionale qui est en profond danger. Permettez-nous de vous citer quelques situations qui menacent à très court terme la pérennité de notre filière forestière et qui justifient, selon nous, des actions urgentes, énergiques et spécifiques à notre région, de la part du gouvernement du Québec:

• l’usine de panneaux gaufrés de Louisiana-Pacific à Chambord est fermée pour une période indéterminée et toute la filière de la récolte du feuillu est paralysée de même que la vente des bois feuillus de la forêt privée. Les deux usines de poutrelles de Larouche et de Saint-Prime sont par la même occasion très fragilisées, désormais non compétitives et par le fait même promises à une fermeture imminente. De plus, la fermeture définitive de cette usine entraînera une baisse de la possibilité forestière résineuse.

• l’usine de ITLT, située à Sainte-Monique, est considérée comme la plus moderne et ayant la plus grande capacité de transformation du bouleau au Canada. Elle est spécialisée en 1re, 2e et 3e transformation et a bénéficié d’investissements de 35 millions $. En raison de la fermeture de Louisiana-Pacific Chambord, l’usine fait face à de sérieux problèmes d’approvisionnement en bouleau et si aucune solution à court terme n’est trouvée avec le ministère, elle est appelée à fermer ses portes tôt cet automne.

• en raison de la situation économique d’AbitibiBowater et du contexte de la Loi C-36, l’usine de pâtes kraft de SFK Pâte de Saint-Félicien vient de recevoir la décision du juge de la Cour supérieure du Québec qui confirme qu’AbitibiBowater peut résilier son contrat et modifier les accords financiers de son approvisionnement en copeaux;

• plusieurs scieries sont fermées et les autres ont diminué de plus de la moitié leurs activités, entraînant ainsi une diminution de l’approvisionnement en sous-produits pour l’industrie des pâtes et papiers, les entreprises de 2e et 3e transformation, les entreprises de cogénération et les entreprises de valorisation de la biomasse;

• les créances d’AbitibiBowater placent plusieurs entreprises et exploitants forestiers de la région dans une situation financière critique et plusieurs ont déjà déclaré faillite;

• plusieurs équipementiers de renommée internationale, fournisseurs et entreprises périphériques à la filière bois ont réduit considérablement leurs opérations fragilisant ainsi la pérennité de leurs entreprises. Certains ont fermé leur entreprise;

• une grande insécurité engendrée auprès des travailleurs et retraités d’AbitibiBowater en regard de leur fonds de pension et de leur rente de retraite actuelle;

• pour compléter cette mise en situation, selon les prévisions les plus optimistes, il n’y aura pas de reprise dans ce secteur d’activité avant la fin de l’année 2010 ou début

2011.

Nous reconnaissons la pertinence des mesures gouvernementales au niveau, entre autres, du programme RENFORT, du Pacte pour l’emploi plus, du prêt d’urgence de 100 millions $ US pour permettre les opérations 2009 d’AbitibiBowater ainsi que les démarches fédérales-provinciales ayant conduit à l’annonce de l’injection de 200 millions $ sur deux ans dans la sylviculture. Nous sommes également conscients du travail et des décisions que les collectivités doivent assumer en regard de cette crise forestière.

À titre de président de la Conférence régionale des élus et président de la cellule régionale de gestion de la crise forestière, nous sollicitons une rencontre avec vous, pour vous faire connaître les impacts de cette crise sur nos collectivités et la région dans son ensemble.

Nous aimerions discuter des 16 pistes de solutions que la région a adoptées lors de la rencontre de concertation du 17 avril, dont 7 ont été identifiées comme pistes d’actions prioritaires. Nous jugeons de première importance que les intervenants du milieu participent à la réingénierie de l’industrie forestière. Nous pourrons ainsi contribuer à la consolidation des entreprises du secteur forestier et à la diversification de l’économie régionale.

De plus, dans le but de sauvegarder les emplois liés au domaine forestier et de générer de l’activité économique en tenant compte de la spécificité et des droits ancestraux de la Première Nation de Mashteuiatsh, la CRÉ du Saguenay—Lac-Saint-Jean est unanime sur le fait qu’il est impératif que le gouvernement du Québec libère immédiatement le volume de bois de 250 000 m3 prévu dans le cadre de l’Entente de principe d’ordre général.

La libération dudit volume permettra à celle-ci de mettre en œuvre son plan de maximisation des retombées lié notamment à la 2e et 3e transformation dans une perspective de partenariat avec la grande entreprise et le milieu local et régional.

Monsieur le Premier ministre, nous avons fait nôtre votre message lors du lancement du Livre vert « La forêt pour construire le Québec de demain »: « La forêt fait partie de ce que nous sommes, nos premières entreprises étaient forestières et, de génération en génération, dans presque toutes nos régions, la vie quotidienne a été réglée par la forêt. Nous sommes un peuple forestier. Le défi que nous avons maintenant est de faire en sorte que cette forêt, si puissamment associée à notre passé, puisse être tout autant associée à notre avenir. »

C’est dans cette optique que nous vous rappelons l’urgence de la situation et que nous sollicitons votre aide afin de sauver nos collectivités. Dans l’attente d’une réponse positive à notre demande de rencontre, veuillez recevoir, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Georges Simard, Président de la CRÉ, Président de la cellule régionale de gestion de la crise forestière pour et au nom des membres de la cellule de gestion de la crise forestière:

MM. Réjean Laforest, vice-président de la CRÉ

Bernard Généreux, préfet de la MRC Domaine-du-Roy

Gilbert Goulet, préfet de la MRC Maria-Chapdelaine

Léonard Côté, préfet de la MRC Lac-Saint-Jean-Est

Jean-Marie Claveau, préfet de la MRC Fjord-du-Saguenay

Sébastien Kurtness, Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean

Jean-Marc Crevier, FTQ

Engelbert Cottenoir, CSN

Denis Trottier, débuté du comté Roberval

Copie conforme : M. Claude Béchard, ministre des Ressources naturelles et de la Faune; M. Raymond Bachand, ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation; Mme Nathalie Normandeau, ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire; M. Serge Simard, ministre délégué des Ressources naturelles et de la Faune et ministre responsable du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord

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