Nashville: la terre des mal-aimés

Une chronique de Martin McGuire

Publié le 9 mai 2017

P.K. Subban

©Photo: AP, MARK HUMPHREY

Pardonnez-moi cette expression, empruntée au chanteur Pierre Lapointe, qui a interprété La forêt des mal-aimés. Même si à Nashville les forêts sont rares, je me suis quand même inspiré des paroles de cette chanson pour notre chronique.

Les Predateurs de Nashville représentent sûrement l'histoire la plus intéressante des présentes séries. Fortement négligés contre les Blackhawks, un peu moins contre les Blues, les voici seuls à attendre l'autre finaliste dans l'Ouest. Peu importe qu'il s'agisse des Oilers d'Edmonton ou des Ducks d'Anaheim, l'équipe qui les affrontera devra être prête à payer le prix, à faire face surtout à cette magie dont je vous ai souvent parlé dans certaines chroniques et qui semble animer cette équipe.

Le directeur général David Poile, qui a bâti cette formation, n'est sûrement pas celui à qui on pense quand vient le temps de pointer les meilleurs architectes dans la LNH. Mais Poile a été audacieux et son audace paie aujourd'hui.

Appuyés par un groupe de recruteurs plus que compétents, malgré des moyens de développement modestes, les Predateurs sont parvenus à devenir une bonne équipe. David Poile a joué d'audace et son équipe est devenue une terre d'accueil pour quelques mal-aimés qu'il a rapatriés au cours des dernières saisons.

D'abord, en 2014, il a sacrifié Patrick Hornqvist, un joueur de caractère qui est venu aider de façon nette et évidente les Penguins à remporter la Coupe au printemps dernier, en retour d'un mal-aimé… James Neal, un attaquant de puissance à qui on reprochait très souvent l'irrégularité dans l'ardeur au travail et dont l'attitude a été remise en question deux fois plutôt qu'une, à Dallas et Pittsburgh, où on voyait en lui un acolyte à Sydney Crosby. Rôle qu'endosse maintenant Hornqvist. Neal, à Nashville, est moins exposé, moins reconnu et moins redevable si on compare par exemple à Pittsburgh, un marché de hockey un peu plus chaud.

L'autre mal-aimé est le joueur de centre Ryan Johansen. En 2016, les Blue Jackets l'ont troqué contre Seth Jones, un défenseur grand format en qui les Predateurs avaient investi beaucoup, en temps, en argent et en leadership. Jones parti, Johansen, mal-aimé à Columbus, a trouvé une terre d'accueil à Nashville. Un peu trop arrogant pour la fiche de stats qu'il revendiquait chez les Blue Jackets, il a été sacrifié. À Nashville, il a trouvé lui aussi une certaine forme de paix. Les attentes demeurent élevées, mais la pression est différente comparativement à celle à laquelle il a fait face à Columbus.

Ryan Johansen, à l'instar de James Neal, est un joueur à qui l'anonymat que procure la capitale de la musique country semble bien faire. Les deux ont encore leurs soirées difficiles, de longs moments où ils sont en uniforme, mais à Nashville, personne n'en parlera.

Le troisième mal-aimé est P.K. Subban. Comprenez-moi bien, il n'était pas mal-aimé auprès du public de Montréal, mais auprès de ses patrons. Lui aussi revendiquait d'impressionnantes stats, en plus d'être un joueur que l'on remarquait facilement lorsqu'arrivaient les séries. Subban ne faisait pas l'unanimité parmi ses coéquipiers et surtout pas chez ses patrons. La preuve, ils l'ont sacrifié pour obtenir un défenseur de trois ans son aîné.

P.K. Subban s'est greffé à une défensive déjà bien nantie, il est venu compléter Roman Josi et Ryan Ellis et donne aux Preds un top 3 que plusieurs équipes rêveraient d'avoir.

À la différence des deux autres mal-aimés, P.K. carbure à la pression médiatique. Il est le seul joueur de son équipe à parler ouvertement de Coupe Stanley lorsque les micros sont ouverts.

Des espions fiables m'ont raconté cet hiver que tout n'a pas été facile pour P.K. Il lui a fallu du temps pour être accepté par ses coéquipiers. Comme Neal et Johansen, P.K. a dû aussi rentrer dans le moule.

David Poile a parié très fort, il a été audacieux. De ces trois mal-aimés, Johansen et Subban, maintenant rentrés dans les rangs, sont de précieuses acquisitions qui contribuent aux succès de l'équipe.

Poile a aussi pris un gros pari lorsqu'il a remercié l'entraîneur de toujours des Preds, Barry Trotz, qu'il a remplacé par Pete Laviolette. N'eût été deux derniers conflits dans la LNH, Laviolette ferait partie du club des 1000, soit 1000 matchs dans la LNH. Il atteindra ce plateau l'an prochain. Laviolette a eu le temps de se faire les dents, notamment à Philadelphie durant quelques saisons, avec des joueurs comme Richards, Carter, Hartnell, Pronger, une liste de joueurs pas toujours facile à diriger. Laviolette, encore une fois, a su travailler à intégrer des mal-aimés.

N'allez pas croire qu'un mal-aimé est un joueur inutile, loin de là. Lorsqu'on parvient à trouver une façon de diriger ces joueurs, tout à coup leur talent devient une arme destructrice pour les adversaires.

Le gardien Pekka Rinne semble s'être investi d'une mission. Si les paroles de P.K. Subban concernant la Coupe ont résonné dans les médias, celles de Rinne expliquent peut-être ce qui anime cette équipe depuis le début des séries. Le sentiment d'urgence. Rinne est un gardien talentueux qui arrive aux derniers moments de son apogée. Il passe la trentaine, il se retrouve un peu à la croisée des chemins. Considéré comme un des meilleurs de sa profession, on a toujours entretenu certains doutes quant à sa capacité d'amener une équipe aux grands honneurs, autant dans la LNH que sur le plan international. On disait de lui: « Il est bon, mais…» Le gardien des Predateurs a dit, concernant les séries: «C'est là, la porte est ouverte, il faut en profiter». C'est ce qui anime les Prédateurs, la porte est ouverte et ils le savent.

Leurs prochains adversaires auront mangé des coups et se seront usés après une longue série de sept matchs. La porte est encore ouverte, on verra si les Preds mettront le pied dedans.

Des prédictions catastrophiques

Comme certains de mes collègues, je vous avoue humblement que cette année, j'en mange toute une en ce qui à trait à mes prédictions. J'ai misé sur les Blackhawks, je me suis trompé. J'avais misé sur les Sharks, je me suis aussi trompé et moi aussi, je croyais que le Canadien et les Bruins passeraient la deuxième ronde.

Non seulement ça, mais en septembre, j'étais de ceux qui croyaient que le Lightning de Tampa Bay se battrait en finale de l'Est face aux puissants Capitals. Ah! Là, il me reste encore une chance parce que les Caps peuvent encore accéder à la finale de l'Est.

Curieusement, l'équipe semble profiter d'un second souffle, d'un peu d'oxygène, alors qu'Ovechkin a été écarté des deux premiers trios. La poussée des Capitals, qui provoquent un ultime match ce soir face aux Penguins, est directement liée à l'émergence de Kuznetsov, Burakovsky, Oshie et Backstrom. Et Ovechkin là-dedans? Je ne sais trop. Il y a peut-être là une partie de solution pour les Caps. Attendons de voir ce que le numéro 7 donnera.

Les Sénateurs et les Rangers se livrent une belle bagarre. Un peu comme le regretté Arturo Gatti, les deux derniers matchs nous laissent voir deux équipes qui s'échangent coup sur coup sans trop de défense efficace. Là aussi, bien malin qui peut prédire avec certitude comment se terminera cette série. Il faudra qu'il y en ait un qui soit un peu meilleur que l'autre. Ça se passera probablement entre Lundqvist et Craig Anderson, celui qui en arrêtera une de plus.

Chez le Canadien pendant ce temps…

Tout est tranquille sur la rue de la Gauchetière, à Montréal. Derrière des portes closes, Marc Bergevin panse encore ses plaies. Mais attention, il y a du boulot pour lui.

Tente-t-il secrètement de convaincre Alex Radulov de signer une entente raisonnable pour rester à Montréal? Tentera-t-il d'échanger Alex Galchenyuk ou d'en venir à une entente avec lui? (n'oubliez pas, les mal-aimés sont parfois des gens sur qui on doit miser)

Le Canadien regarde également en Russie pour s'améliorer. Deux noms retiennent l'attention en coulisses: les attaquants Evgeni Dadonov et Valeri Nichushkin. C'est à croire qu'il faudra agrandir le consulat russe à Montréal!

Fait à noter, la finale de la Coupe du Président dans la LHJMQ m'a permis d'observer attentivement le défenseur Simon Bourque, un choix de 6e ronde du Canadien en 2015. Bourque est efficace, sobre et productif, dans l'ombre de Thomas Chabot, le quart-arrière des puissants Sea Dogs. Il accumule des points et réalise toujours le bon jeu. En quatre ans chez les juniors, Bourque a récolté 9, 38, 46 et 58 points jusqu'ici. Il est en progression constante.

L'an prochain, à Laval, terre d'accueil du club-école du Canadien, les jeunes Sergachev, Juulsen et Bourque seront trois bons talents à développer pour la ligne bleue du Canadien. Le malheur dans tout ça, c'est qu'il semble y avoir un océan qui sépare ces trois jeunes défenseurs de Price, Pacioretty et Weber.