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Rosaire Pelletier : La passion de l’information depuis 69 ans

Le 14 août 2020 — Modifié à 15 h 38 min le 14 août 2020
Par Julien B. Gauthier

Rosaire Pelletier a eu une longue et prolifique carrière de journaliste qu’il a entamé en 1952. Journaliste au journal Le Lac-St-Jean et correspondant parlementaire à l’Assemblée nationale du Québec de 1968 à 1994, l’Almatois, maintenant retraité, a couvert les événements les plus marquants de l’histoire du Québec aux premières loges.

Aujourd’hui âgé de 91 ans, il continue de faire ce qui le passionne : informer et s’informer. Résident au Saint-Jude à Alma, il a fondé il y a une dizaine d’années le journal Le Chant du Coq, et a repris l’antenne en mars dernier afin d’informer, de façon hebdomadaire, les 150 résidents des développements de la pandémie et des consignes sanitaires qui y sont associées.

Voilà depuis 69 ans qu’il exerce ce métier. Surprenamment, c’est plutôt par accident qu’il s’est retrouvé journaliste, alors qu’il avait 22 ans. En 1952, en pleine Grande Noirceur à l’époque de Maurice Duplessis, ce métier n’avait pas très bonne réputation.

Un métier qui avait mauvaise réputation

« Quand je suis sorti de mon cours classique, je n’étais pas capable de me trouver de débouchés et je n’avais pas les moyens d’aller à l’université. Il fallait que je me trouve quelque chose sur le marché du travail », raconte Rosaire Pelletier.

C’est à la suite de conseils d’un curé qu’il a offert sa candidature au Progrès du Saguenay en 1952. « Ils se cherchaient un jeune homme qui avait le goût de se lancer dans ce domaine. C’était le plus gros hebdomadaire qui appartenait au clergé et ce n’était pas un métier qui était reconnu à sa juste valeur. Mais c’était aussi la période de la censure et les gens subversifs étaient mal vus… », ajoute-t-il.

À l’époque, rares étaient ceux qui pouvaient écrire sur un clavier de dactylo, un incontournable atout qui lui a permis de se tailler une place. « Apprendre la machine à écrire, c’est la chose la plus prudente que j’ai faite. J’ai commencé à l’apprendre au collège ici à Alma en cinquième année. J’écrivais très vite. »

De l’écrit… à la radio

À la suite d’un incendie ayant ravagé le bâtiment de CFGT Alma en 1963, Rosaire Pelletier (à gauche) et son collègue Normand Bergeron (à droite) sont contraints de faire l’animation dans une voiture. (Photo : Courtoisie)

L’année suivante, Rosaire Pelletier s’est vu offrir le poste de journaliste en chef au journal Le Lac-Saint-Jean, alors en pleine faillite, puis de directeur du service de nouvelles à CFGT 1240 (maintenant Planète 104,5). Dès lors, la radio est devenue son domaine de prédilection.

Malgré tout, il a toujours conservé une affection pour les médias écrits. « Je suis toujours resté très attaché aux hebdomadaires. Je le suis encore. Lorsque j’étais à Québec, j’étais abonné au journal Le Lac-St-Jean. Un hebdo, ça a sa place. L’écrit, ça a toujours sa place », plaide-t-il.

En 1966, Rosaire Pelletier quitte sa terre natale. Il devient ainsi à l’emploi de Radio-Canada et y couvre notamment la visite du général Charles de Gaulle à Montréal, un événement marquant dans l’histoire du Québec.

Un témoin privilégié des moments marquants de l’histoire du Québec

En plus de la Médaille de l’Assemblée nationale, Rosaire Pelletier est membre honoraire de la Tribune de presse du Parlement de Québec et possède une attestation pour ses années de services à Radio-Canada.

De 1968 à 1994, Rosaire Pelletier est correspondant parlementaire pour Radio-Canada, période à laquelle il devient président de la Tribune de la presse. Il y côtoie six premiers ministres et assiste à des moments charnières de notre histoire : la Crise d’octobre, les débats sur la langue, le référendum de 1980 et bon nombre de débats constitutionnels.

À l’époque, le métier était à des années-lumière de celui de notre époque. Le seul moyen de communication était le téléphone. Les cabines étaient l’allier indéfectible du journaliste.

Rosaire Pelletier considère l’aménagement du complexe Robert-Bourassa comme l’un des moments marquants de sa carrière. (Photo : Courtoisie)

« Pour la télévision, notre heure de tombée était 19h le soir. Les reportages étaient faits sur film, développés à Québec, mis dans un autobus  qui emmenait ça à Montréal pour le téléjournal à 23h. C’était l’âge de pierre comparé à aujourd’hui », se souvient l’homme de 91 ans.

Les meilleurs journalistes étaient également ceux qui pouvaient se lier d’amitié avec le personnel politique. « J’allais souvent prendre un verre à l’hôtel Georges V à Québec. Les hauts fonctionnaires allaient là presque tous les soirs. J’étais le seul journaliste accepté! Il fallait se mettre chums! », ajoute-t-il.

C’est par ailleurs lui qui sortit en primeur le nom du parti que créa René Lévesque en 1968 : le Parti Québécois.

Par son long passage à Québec, il a pu couvrir six élections générales, dont celle du jeune Robert Bourassa, en 1970, avec qui il est devenu particulièrement proche, et celle du Parti Québécois en 1976. « Je n’avais presque jamais le temps de voter! Il n’y avait pas vraiment de vote par anticipation. De nos jours, ceux qui ne votent pas, c’est parce qu’ils ne veulent pas! »

Un mentor

Rosaire Pelletier a pris sa retraite du journalisme en 1994, mais il est resté de près ou de loin impliqué dans le domaine. Il est notamment devenu un mentor pour de nombreux journalistes.

Il a d’ailleurs quelques conseils à donner à ceux qui veulent se lancer dans le journalisme. Il estime qu’effectuer des études supérieures en science politique ou en droit sont un atout, car ce métier touche particulièrement ces champs de compétence.

Il suggère également de faire partie d’une association journalistique professionnelle puisqu’elles permettent de développer un réseau de contacts et d’ouvrir de nouvelles portes.

Rosaire Pelletier rédige actuellement, à temps perdu, ses mémoires. Peut-être pourra-t-on voir l’histoire de cet éternel journaliste sur les tablettes d’une librairie? Chose certaine, il n’est pas fermé à l’idée.

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