Chroniques

Temps de lecture : 1 min 25 s

L’asperge aux temps des légumes parfaits

Le 14 mars 2024 — Modifié à 14 h 00 min
Par Alexandra Gilbert

J’ai toujours eu un faible pour les gens neuro-atypiques. Je préfère la pomme à la forme bizarre qui goûte meilleur que celle lustrée et bien ronde qui est fade.

L’asperge est un légume plus-que-parfait, même si elle pousse seule, que ça prend des années pour qu’elle arrive à maturité, elle est pleine de nutriments et j’en veux davantage dans mes assiettes, elle donne de la couleur et du goût.

Je veux parler de Paul Houde.

La passion de Paul, et son savoir qu’il partageait avec humilité et éloquence. Je veux parler de son intelligence, sa bienveillance, sa capacité d’analyse et sa voix qui narre l’actualité avec justesse, dans un savant mélange d’anecdotes, de faits et de questions.

Je veux parler de sa capacité à l’autodérision, de son humour.

Je veux parler de son professionnalisme mais aussi de ses rigidités.

Moi qui le nommais spontanément à la question « Avec qui voudrais-tu boire un café ? », aux côtés de Bernard Derome et Marc Labrèche, ma réaction samedi à l’annonce de son décès fut d’emblée de regretter ce moment imaginaire, hypothétique, éteint.

J’ai aimé tout de Paul, et il me le rendait bien, comme à chaque personne qui l’écoutait avec attention, le sourire aux lèvres, attendris et impressionnés. Il était bizarre Paul, il retenait tout, il s’enflammait sur l’astronomie, le sport, les olympiques, les avions, l’histoire, la politique, une encyclopédie vivante et incarnée. Les yeux brillants, la verve et le savoir qui s’alliaient derrière un micro.

Le syndrome d’Asperger, dans le grand spectre de l’autisme, est souvent associé à des traits socialement inacceptables, pas ici. J’trouvais que c’était d’une grande beauté, Paul à qui on laisse la place TEL QU’IL EST parce qu’il était spécial, spécial dans le sens d’extraordinaire, même avant qu’on lui colle cette étiquette dans le front.

En attente d’un diagnostic d’autisme léger mais néanmoins handicapant pour mon fils, il incarne l’espoir. L’espoir de développer ses passions et de s’en rendre heureux à tous les jours de sa vie, et d’être accepté tel qu’il est, inclus et reconnu.

Merci Paul, quelle belle aventure !

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