Chroniques

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Ce n’est pas une opinion, c’est de la violence

Le 12 juin 2025 — Modifié à 07 h 00 min
Par Stéphanie Gagnon

On est en 2025 et il faut encore expliquer que deux gars qui s’aiment ou une personne trans qui ose exister, ce ne sont ni des menaces, ni des erreurs. Pas des bizarreries non plus. J’en ai ras le cœur, parce que l’homophobie, la transphobie, la haine déguisée en «opinion personnelle» c’est pas juste rétrograde, c’est crissement violent.

On dirait que certains ont un intérêt maladif à vouloir scruter ce qui se passe dans les culottes des autres. Tu dois avoir une existence sacrément vide pour passer autant de temps à juger ce que ton voisin fait dans sa chambre, ou avec qui, dans quelle position, avec quel organe… C’est pas de la morale ça, c’est du voyeurisme. 

Et puis il y a ce faux-besoin que tout soit tranché, classé, étiqueté. Faut que ce soit noir ou blanc, homme ou femme, gay ou straight (quand ça passe), sans zones grises, sans flou, sans nuance. Mais la réalité humaine, elle est floue. Elle est riche et surtout, pleine de beautés hybrides. Le genre (faut-il le répéter?) c’est un spectre. Comme la lumière. Comme les émotions. L’orientation aussi. Si ta propre identité est claire, c’est pas normal que tu te sentes lésé par quelqu’un vit autrement que toi. Rendu là, consulte mon/ma chum. 

La Bible revient souvent dans les discours pour «justifier» l’homophobie et la transphobie. J’pense sincèrement que quand la Bible est agitée comme un bat de baseball pour juger ou opprimer, on est dans le champ solide. On fait fi de ce qui est le plus important : les appels à l’amour, à l’accueil, à la compassion. La religion, quand elle sert à haïr, c’est pas une foi, c’est une excuse. Et c’est tellement, mais tellement petit. 

On l’entend encore souvent: «Pourquoi un mois de la fierté? Je l’ai pas moi, mon mois des hétéros!» Non. Tu ne l’as pas, et t’en as jamais eu besoin. Personne t’a annoncé à 14 ans qu’aimer l’autre sexe allait te condamner à une vie de solitude ou de rejet. T’as jamais eu à surveiller tes gestes d’affection dans un resto, ou à baisser les yeux en marchant sur le trottoir de peur de croiser le regard de quelqu’un qui pourrait t’insulter ou te battre pour ça. Parce que t’as jamais dû pratiquer ta voix ou ton langage corporel dans le miroir pour paraître « plus neutre » aux yeux de tous. T’as jamais non plus été réduit à ton orientation comme si c’était tout ce que tu étais.

La fierté, ce n’est pas une célébration «contre» les hétéros. C’est une respiration collective, une façon de reprendre de l’espace après des années de stigmatisation, d’invisibilité, de peur. Je n’ai pas vécu ça personnellement, je ne suis ni gaie, ni trans, mais c’est précisément parce que je n’ai jamais eu à me battre pour être vue comme «légitime» que je refuse de rester silencieuse pendant que d’autres doivent encore se justifier simplement pour aimer et exister.  Ce n’est pas mon combat, mais c’est mon monde. Et je veux qu’il soit plus grand, plus ouvert, plus humain. Alors je marche avec. Je parle avec. Je vais toujours me tenir debout avec.
À celles et ceux qui vivent encore cachés, qui attendent le moment de dire enfin qui ils sont : vous êtes beaux. Vous êtes courageux et légitimes.

Et à ceux que ça dérange, j’ai même pas de haine à vous offrir, juste une immense peine, parce que vous me faites pitié avec vos murs. Ils ne vous protègent pas, ils vous étouffent. 
 

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