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Ottawa mise sur la productivité dans un budget qui divise

Le 06 novembre 2026 - Modifié à 11 h 00 min
Par Émile Boudreau - Journaliste

Le gouvernement de Mark Carney a présenté jeudi son budget, un exercice financier marqué par d’importants investissements en lutte contre l’itinérance, en logement et en productivité économique. Ottawa prévoit également un retour à l’équilibre budgétaire d’ici deux ans, tout en maintenant des déficits importants à court terme.

L’une des mesures phares du budget est l’engagement de 11 milliards de dollars pour lutter contre l’itinérance avec l’objectif de l’éliminer au cours de la prochaine décennie. Le gouvernement fédéral souhaite également accélérer la construction de logements partout au pays afin de répondre à la crise de l’habitation.

Parmi les mesures touchant directement les citoyens, une nouvelle prestation pour l’épicerie sera versée sous forme de chèques dès 2027. Les montants varieront selon le revenu des ménages et le nombre d’enfants à charge. Ottawa prolonge également l’allègement fiscal sur l’essence grâce à une réduction de la taxe d’accise qui remplacera la récente suspension jusqu’au mois de mars.

Les ménages souhaitant se procurer une thermopompe pourront continuer de bénéficier de subventions pouvant atteindre 10 000 $. Les proches aidants auront également accès à un crédit d’impôt remboursable pouvant atteindre 1 260 $.

Le budget prévoit en outre divers incitatifs fiscaux afin d’encourager les entreprises à investir davantage au Canada.

Des déficits qui demeurent élevés

Selon les données présentées, le déficit de l’exercice financier 2025-2026, terminé le 31 mars, s’est établi à 39,3 milliards de dollars, soit 27,5 milliards de moins que ce qui avait été anticipé au printemps.

Le gouvernement prévoit toutefois des déficits d’environ 62 milliards de dollars pour les deux prochains exercices. Ceux-ci diminueraient graduellement pour atteindre 57,6 milliards en 2028-2029, puis environ 53 milliards de dollars en 2029-2030 et 2030-2031.

Ottawa estime par ailleurs que 152 des 158 milliards de dollars de revenus additionnels attendus au cours des prochaines années seront réinvestis dans de nouvelles dépenses, dont près de la moitié pour stimuler la productivité.

Le Bloc Québécois dénonce un budget centralisateur

Les députés bloquistes du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Mario Simard et Alexis Brunelle-Duceppe, ont vivement critiqué le budget, estimant qu’il ne répond pas aux priorités du Québec.

« Le budget reprend 20 fois le thème “maîtres chez nous” de la Révolution tranquille, mais ce sont les institutions canadiennes et les Américains qui deviennent davantage maîtres chez nous, et certainement pas les Québécois », a affirmé Mario Simard.

Le député de Jonquière–Hébertville–Pays-des-Bleuets reproche notamment au gouvernement fédéral d’empiéter sur les compétences du Québec avec sa stratégie canadienne d’électrification et de ne pas répondre adéquatement aux besoins de la province en santé.

Alexis Brunelle-Duceppe a néanmoins salué certaines mesures, dont la hausse de la prestation pour l’épicerie, le réinvestissement dans le secteur culturel, l’élargissement du Crédit d’impôt pour la main-d’œuvre journalistique à la radio et à la télévision et les sommes accordées aux crises du logement et de l’itinérance.

Québec déplore des occasions manquées

À Québec, le ministre des Finances Nicolas Marceau estime que le gouvernement fédéral n’a pas répondu aux attentes de la province. Le gouvernement québécois souhaitait notamment un engagement accru en matière de transferts en santé ainsi que le remboursement, avant mars 2027, des dépenses engagées pour les services offerts aux demandeurs d’asile. Québec affirme avoir déboursé 733 millions de dollars à cet égard, mais n’avoir reçu jusqu’à maintenant que 43,1 millions en remboursement.

Québec prend toutefois note de la contribution du gouvernement fédéral à la lutte contre l'itinérance et exige que les sommes annoncées lui soient versées rapidement et sans condition.

« Les demandes légitimes du Québec n'ont pas été entendues alors que nos finances publiques québécoises dépendent grandement des décisions qui sont prises par Ottawa. », a déclaré Nicolas Marceau.

De son côté, Québec solidaire a également critiqué le budget. Son porte-parole Sol Zanetti reproche au gouvernement fédéral d’avoir privilégié les dépenses militaires plutôt que des investissements plus importants dans le logement, l’épicerie et les services publics.

Réactions mitigées des milieux économiques

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) décrit le budget fédéral comme « méga décevant pour les PME ». L’organisation estime que les petites et moyennes entreprises demeurent les grandes oubliées malgré certaines mesures de simplification fiscale et la Mégadéduction à la productivité.

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) adopte pour sa part un ton plus favorable. Sa présidente-directrice générale, Michelle Llambías Meunier, considère que les investissements dans les infrastructures, le transport, la défense et les chaînes d’approvisionnement représentent un pas dans la bonne direction pour améliorer la compétitivité canadienne.

« Dans un contexte de tensions commerciales, ce budget mise sur des investissements stratégiques qui peuvent permettre d'accroître la résilience et la productivité des entreprises. C'est certainement un pas dans la bonne direction pour renforcer notre compétitivité. », a affirmé Michelle LLambías Meunier.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) se réjouit également de voir reconduite la Mégadéduction à la productivité et de constater un allègement fiscal destiné aux PME, deux de ses recommandations principales.

« Les tarifs qui affaiblissent notre économie et particulièrement notre secteur manufacturier sont toujours en place. Pour y faire face, nos gouvernements doivent poursuivre leurs efforts pour améliorer notre compétitivité et c'est ce que nous retrouvons dans le budget fédéral… », s'est réjouie Véronique Proulx, présidente-directrice générale de la FCCQ.

Les municipalités satisfaites

L’Union des municipalités du Québec a accueilli favorablement plusieurs annonces du gouvernement fédéral, particulièrement les investissements consacrés à l’itinérance. Son président et maire de Mascouche, Guillaume Tremblay, souligne que les municipalités sont en première ligne face à cette crise et que les nouvelles sommes permettront une meilleure prévisibilité dans les interventions.

L’UMQ note également les investissements de 1,5 milliard de dollars sur neuf ans pour les infrastructures récréatives, 500 millions sur six ans pour le secteur forestier et 134 millions sur quatre ans pour soutenir les médias locaux.

Les syndicats montent aux barricades

Du côté syndical, la réception est beaucoup plus froide. La Confédération des syndicats nationaux (CSN) dénonce un budget qui favorise selon elle les entreprises et les dépenses militaires au détriment des services publics et des intérêts des travailleurs, des Autochtones et de l'environnement. La centrale syndicale critique particulièrement la « mégadéduction à la productivité », qui pourrait priver l’État de 36 milliards de dollars de revenus au cours des cinq prochaines années, ainsi que l'annonce de la réduction des rentes des futurs retraités du secteur public fédéral. 

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) juge également le budget décevant et estime qu’il accorde une place disproportionnée aux dépenses de défense alors que plusieurs ministères voient leurs budgets stagner ou diminuer.

« On connaît maintenant l'approche budgétaire et comptable créative du gouvernement de Mark Carney. Mais globalement, ce qu'on sent, c'est qu'il s'agit d'un exercice conséquent avec les orientations de ce gouvernement, et donc, empreint de choix politiques qui ne tiennent pas compte des travailleuses et des travailleurs… comme s'ils ne faisaient pas partie de l'équation économique. C'est franchement dommage », a déclaré le président de la CSQ, Éric Gingras.

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) adopte pour sa part une position plus nuancée. Elle accueille favorablement les mesures liées à l’itinérance, au logement et au soutien des travailleurs à faible revenu, tout en dénonçant ce qu’elle qualifie de « plus gros cadeau fiscal des dix dernières années » accordé aux entreprises sans contreparties suffisantes en matière d’emplois.

« Il faut cesser de collectiviser les coûts et de privatiser les bénéfices versés aux actionnaires. », a déclaré la présidente de la FTQ, Magali Picard.

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