Après des difficultés financières il y a une quinzaine d'années, le Jardin Scullion récolte aujourd'hui les fruits de près de quatre décennies de travail. L'entreprise de L'Ascension-de-Notre-Seigneur devrait connaître cet été une fréquentation record, notamment grâce à une forte hausse des groupes voyageant en autobus.
« On n'a jamais eu autant de groupes! Habituellement, on reçoit quatre ou cinq autobus durant toute la saison. Cette année, on en a déjà plus de dix et d'autres sont encore à venir. Ce sont des groupes de 40 à 50 personnes qui arrivent de partout au Québec », se réjouit le fondateur et directeur général, Brian Scullion.
Selon lui, cette croissance est principalement attribuable au bouche-à-oreille, mais également à la renommée acquise par le jardin au cours des dernières années.
« Depuis que le Jardin Scullion a été désigné parmi les 150 plus beaux jardins du monde, les gens m'en parlent presque tous les jours. Cette reconnaissance continue d'avoir un impact. »
Les sociétés d'horticulture de Québec, Trois-Rivières et de plusieurs autres régions figurent désormais parmi les visiteurs réguliers.
Près de 10 000 visiteurs cette année
Brian Scullion estime que la saison 2026 pourrait être l'une des meilleures de l'histoire de l'entreprise.
« Habituellement, on accueille entre 7 000 et 8 000 visiteurs par année. Avec les groupes et les autobus, on pourrait atteindre près de 10 000 visiteurs. »
Il remarque également que plusieurs familles reviennent d'une génération à l'autre.
« Dans certains cas, je vois trois générations. Les grands-parents sont venus, ensuite les parents, et maintenant ce sont les enfants qui découvrent le jardin. »
Les détenteurs de cartes de saison contribuent aussi à cette fidélité.
« Certains viennent chaque semaine observer l'évolution des floraisons. Les couleurs changent constamment. Ils reviennent avec leurs amis, leurs enfants ou leurs parents. »
Un jardin qui ne cesse d'évoluer
Chaque saison apporte également son lot de nouveautés afin d'inciter la clientèle régulière à revenir.
Cette année, Brian Scullion a notamment agrandi une imposante rocaille près du pont principal.
« Ça nous a pris deux jours. Nous avons une grande expertise avec la pierre naturelle. C'est vraiment notre spécialité. »
Le site de 42 hectares, soit environ la moitié de la superficie du Jardin botanique de Montréal, regroupe près de 2 000 espèces végétales, dont 300 variétés de conifères. Le jardin est entretenu sans engrais, sans pesticides et sans système d'arrosage.
Il comprend également un secteur expérimental où de nouvelles variétés sont testées pendant deux ou trois ans avant d'être intégrées aux aménagements permanents.
« Nous importons chaque année des variétés provenant notamment d'Écosse et de Corée. Nous faisons des essais pour voir si elles s'adaptent à notre climat. Nous avons même développé ici un sapin bleu exclusif. »
Les collectionneurs spécialisés viennent parfois de Montréal, de Québec, de la Côte-Nord ou de Trois-Rivières pour se procurer ces végétaux rares.
Une réussite bâtie sur la persévérance
Le succès actuel contraste avec les difficultés financières traversées.
« Il y a 10 ou 15 ans, nous avons failli tout perdre. Nous manquions de financement. Mon père nous a aidés financièrement et nous avons réussi à le rembourser. »
Aujourd'hui, Brian Scullion estime avoir atteint son objectif.
« Je peux dire mission accomplie. »
Brian Scullion rappelle en terminant que tous les droits d'entrée sont versés à une fondation à but non lucratif.
« Les revenus servent à financer la recherche, améliorer le jardin et offrir des laissez-passer gratuits à des familles vivant des difficultés financières. C'est une façon de redonner à la communauté tout en poursuivant le développement de ce projet qui existe maintenant depuis 39 ans. »
« Si c'est beau, les gens vont venir. »
Chaque matin, de la grande fenêtre de sa maison, Brian Scullion commence sa journée en contemplant l’œuvre d’une vie qu'il a créé de toutes pièces. Une scène qui lui rappelle chaque jour que le rêve du petit garçon d'Alma est devenu réalité.
@RR:Rien, pourtant, ne le destinait à devenir l'un des bâtisseurs horticoles les plus connus du Saguenay–Lac-Saint-Jean. À 67 ans, Brian Scullion n'a jamais suivi de formation en horticulture. Son premier métier était bien loin des plantes : il était pilote commercial d'hydravion.
« J'ai fait mon cours à l'aéroport international de Calgary. Je commençais ma carrière de pilote puis j'ai changé d'idée. Je me suis dit que je ne passerais pas ma vie assis sur un siège devant un ordinateur. J'étais trop manuel. Je voulais créer des choses, bâtir un environnement autour de moi. »
En réalité, la passion était présente depuis toujours.
« Je suis né à Alma, sur la rue Boulanger. Depuis que je suis jeune, je cours les bébittes, les animaux et les plantes. J'étais toujours parti dans le bois pour aller chercher des arbres. Quand j'étais tout petit, je disais à mes parents que, plus tard, je voulais une ferme, des animaux et un grand terrain. »
Pour réaliser cette ambition, le jeune homme partira en Alberta pour finalement revenir au Lac-Saint-Jean à seulement 25 ans, et acheter une terre à L'Ascension-de-Notre-Seigneur pour y aménager un jardin botanique.
À l'époque, plusieurs jugent son projet irréaliste.
« Pas mal de monde me disait que j'étais fou », se rappelle-t-il en riant.
« Un ingénieur m'a déjà dit de ne pas faire un jardin à L'Ascension. Je lui ai demandé pourquoi. Il m'a répondu que c'était trop loin et que les gens ne viendraient jamais. Je lui ai simplement répondu : "Si c'est beau, les gens vont venir." »
Contre tous les pronostics
« Pas mal de monde me disait que j'étais fou », se rappelle-t-il en riant. »
Le temps lui a donné raison. Même s'il confie être aujourd'hui un « préretraité », Brian Scullion continue de consacrer la majeure partie de ses semaines au jardin.
« Je suis tombé à seulement 80 heures par semaine, au lieu de 120 », dit-il en éclatant de rire.
Continuer malgré la maladie de Parkinson
Depuis six ans, Brian Scullion vit avec la maladie de Parkinson. Elle affecte sa dextérité et son équilibre, mais ne l'a jamais convaincu de ralentir véritablement.
« Je me tiens actif. Je bouge beaucoup. C'est bon pour moi. Ça aide à ralentir la progression de la maladie. Si j'étais inactif, ça empirerait rapidement. »