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Le QUATUOR SAGUENAY présente point de rencontre
SAMEDI 24 OCTOBRE 2026, 20h | SALLE MICHEL-CÔTÉ
Ce sera un moment exceptionnel que nous feront vivre bientôt le Quatuor Saguenay et les chanteuses Élisabeth St-Gelais et Caroline Gélinas. Intitulé Point de rencontre, ce concert propose cette œuvre magnifique, le Stabat Mater de Pergolese, adaptée en innu-aimun par une des voix les plus importantes de la littérature autochtone contemporaine, Joséphine Bacon, et une création originale de cette grande poétesse innue: Ishkueu kapatau – La femme qui marche. C’est donc plutôt de multiples rencontres, au pluriel, dont il sera question, celles entre les époques, les langues, les cultures, les instruments, et entre nous, les humains, qui auront le bonheur d’être là, à point et ensemble, en cette fin d’octobre. Puisque le concept des questions du public se poursuit, j’ai eu le grand bonheur de me faire votre porte-parole auprès de Luc Beauchemin, altiste du Quatuor Saguenay, et de la soprano innue Élisabeth St-Gelais.
Rencontres.
Luc Beauchemin, plusieurs abonnés de Concerto veulent avoir des nouvelles! Comment va la nouvelle mouture du Quatuor Saguenay? Quels sont vos projets?
Hé bien! En même temps que le Canadien de Montréal, on a amorcé une reconstruction, et à l'image de l'équipe, l'atmosphère est bonne et on a de grands espoirs!
Plus sérieusement, le Quatuor avait déjà un lien très fort avec la région. Mais là, on a pris la décision de renforcer encore davantage cet ancrage. Nos deux violonistes sont nées ici, elles habitent ici, elles souhaitent construire ici leur vie professionnelle. Et on est allé chercher notre carte cachée, celle qui va donner toute la couleur et la personnalité unique au Quatuor, à partir des acquis du passé, évidemment. Je parle du violoncelliste et compositeur Simon Desbiens. Avec un nom comme Desbiens, on voit qu'il y a des racines dans la région!
Simon est maintenant un compositeur en résidence à l’Orchestre depuis quelques mois, et, en ce sens, il sera aussi très impliqué dans la mission du Quatuor. On a déjà joué de ses compositions, et on veut augmenter ce volet-là et jouer encore plus de compositions ancrées dans le folklore de la région. C’est une collaboration vraiment fructueuse qui nous motive beaucoup.
D’où vient cette idée de présenter le Stabat Mater de Pergolese en innu-aimun?
Je ne sais pas exactement pourquoi au départ j’ai eu cette idée saugrenue d'interpréter ce chef-d'œuvre de Jean-Baptiste Pergolèse dans une langue autre que le latin, sa langue d’origine. Pergolèse a écrit ça juste avant sa mort, à 26 ans, en 1736. Il avait la tuberculose. C’est son chef-d'œuvre ultime, si on peut dire. Le texte est une méditation sur les souffrances de la mère, la Vierge Marie, au pied de la croix, qui voit son fils crucifié. Il a été écrit en latin, une langue morte, et je me disais que ce serait intéressant de le chanter dans une langue vivante, mais incomprise par beaucoup d’entre nous. Donc, c'est une vieille idée que j'avais eue il y a longtemps de cette version en innu, mais il fallait quelqu'un pour la traduire et aussi quelqu'un pour la chanter! Et l’idée est restée comme ça, flottante, jusqu’à ce qu’on travaille avec Élisabeth St-Gelais, qui est une artiste talentueuse, extrêmement sérieuse dans son travail et très engagée pour sa communauté. On avait là une interprète de haut niveau et je me disais que peut-être un jour, l'idée pourrait se concrétiser.
Le contact avec Joséphine Bacon s’est fait par l’entremise de François Rossignol, un musicien-compositeur de Chambly que j'apprécie énormément et qui connaissait bien Joséphine Bacon. Alors j’ai dit: “ Si on prend Élisabeth Saint-Gelais et Joséphine Bacon et qu’on brasse un peu, on aura certainement un Stabat Mater en innu de haut niveau!” Ça fait des années qu’on travaille sur ce projet qui va voir le jour prochainement, je suis très fébrile de ça!
Il faut dire aussi que cette œuvre est écrite pour deux voix aiguës, probablement chantées par des castrats à l'origine. Pour nous, la voix de mezzo-soprano sera chantée par Caroline Gélinas, une artiste originaire d’Abitibi de la génération d’Élisabeth. Ce sont deux jeunes femmes qui se connaissaient et qui avaient vraiment le goût de travailler ensemble.
Avec l’œuvre de Joséphine Bacon, Ishkueu kapatau – La femme qui marche, ce sera au fond une soirée autour du thème de la femme.
Justement, François Rossignol, pouvez-vous nous raconter la genèse de votre collaboration avec Joséphine Bacon pour créer cette œuvre originale?
C’est d’abord une commande que j’ai faite à Joséphine Bacon, parce que je voulais vraiment faire quelque chose avec elle. Ça a été un long processus parce qu'il faut vraiment bien diriger l'intention et trouver des points communs. Parce qu'après tout, c'est un concert et une œuvre sous le thème du partage, pour commémorer des siècles de partage. Et nous avons vraiment là un partage culturel à plusieurs niveaux.
Je lui avais demandé un texte épisodique, parce que je voulais faire des mouvements qui soient comme des tableaux, un peu à la manière du théâtre Nô, au Japon. Chacune des pièces n'a pas vraiment un début ou une fin, ce sont plus des toiles en mouvement. Joséphine a fait, évidemment, un travail remarquable, très inspirant. Un texte en huit actions.
On a eu une rencontre à la suite de l'écriture du texte parce que je voulais confirmer que je comprenais bien sa vision. Et en fait, j’ai eu à refaire deux mouvements que je n'avais aucunement saisis! J'avais interprété, à la lecture du texte, que c'était une femme qui avait une résilience incroyable face à l'adversité, parce que ça relate l'histoire d'une femme enceinte qui remonte vers la terre de ses ancêtres, elle va même accoucher durant son périple. Et moi, je l’ai interprété comme quelque chose d'épique: une femme qui fait un parcours si long, si difficile!
Et Joséphine m'a dit : “Pas du tout! C'était une vie que les gens aimaient beaucoup, il n'y avait pas de presse là-dedans! Cette femme est bien heureuse!”
J'ai été fasciné par sa réponse! Non, il n'y avait pas de résilience, il y avait littéralement une poésie avec les éléments. J’ai adoré m’être trompé, et avoir mis du drame où il n’y en avait pas. J’ai dû réécrire les deux mouvements et, au final, ça m'a permis d'écrire une œuvre qui est beaucoup plus proche de la réalité de cette femme-là, de ce personnage interprété par Élisabeth Saint Gelais.
C’est un conte qui se raconte à la première personne, et on accompagne le personnage dans ce paysage, dans ce voyage. D'ailleurs, dans son texte, elle dit une très belle phrase qui traduit, justement, cette impression-là. Elle dit à son enfant: “ On va vers une terre qui nous reconnaîtra.” Elle est en harmonie avec les éléments. Et, comme toute œuvre de Joséphine Bacon, il y a un grand pouvoir symbolique, à travers une économie de moyens, qui évoque le très grand. Et j’ai pris le temps de bien le placer dans la musique, pour qu'on ait pleinement le temps de vivre ce qui est évoqué dans ce texte-là.
Lors du concert, on va entendre la voix de Joséphine nous réciter le poème en français et la soprano et Élisabeth Saint-Gelais va nous faire vivre l'expérience en innu. Il y aura le Quatuor Saguenay avec la contrebassiste Marie-Claude Tardif et moi, je serai un peu comme une pieuvre: je suis entouré d'instruments et j’en joue parfois plusieurs en même temps!
Élisabeth Saint-Gelais, pouvez-vous nous parler un peu de cette œuvre de Joséphine Bacon de votre point de vue de chanteuse?
C’est une œuvre musicale très imagée, la musique de François Rossignol engage le texte autant que la mélodie pour bien présenter les poèmes de Joséphine. J’ai très hâte de la présenter au public.
Comment ça se passe de chanter des œuvres classiques dans cette langue? Est-ce que ça suscite des émotions particulières?
Oui ça génère beaucoup d’émotions. C’est un immense honneur de pouvoir chanter dans la langue dans laquelle ma mère parle tous les jours. C’est très familier et touchant pour moi, même si je ne la parle pas complètement.
Est-ce que c'est la première fois que vous travaillez avec le Quatuor Saguenay?
Non, j'ai déjà travaillé avec le Quatuor pour les Wesendonck Lieder en 2022 et avec l’OSSLJ pour Les Nuits D’été en 2024.
Combien d'heures pratiquez-vous par semaine? (Question d’un spectateur anonyme)
Je consacre en moyenne de 20 à 30 heures par semaine, pas toutes avec la voix mais à la mémorisation des partitions, à la pratique de la langue et aux cours de chant et au coaching de musique.
Quels sont vos prochains projets?
Nous enregistrons notre deuxième album le 12 novembre au Domaine Forget de Charlevoix. Je serai en récital à Sorel-Tracy et Warwick avec Louise Pelletier le 21 et 22 novembre. Je serai au concert de Noël de l’Orchestre Métropolitain avec Yannick Nézet-Séguin le 18 et 19 décembre.
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Quels généreux partages! Notre écoute des œuvres en sera assurément enrichie. Vivement cette émouvante rencontre!
Propos recueillis par Éléonore Côté, membre Concerto
*Posez vos questions à Buzz cuivres! Écrivez-nous vos questions d’ici le 1er novembre à evenement@ville.alma.qc.ca ou par Messenger au groupe Comité Concerto.
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Après des études en musique et en littérature, Éléonore poursuit un parcours professionnel se promenant entre développement de projets, communication, enseignement et rédaction en tout genre. Elle est aujourd’hui conseillère pédagogique à la Formation continue du Collège d’Alma. La musique a toujours fait partie de sa vie, comme le démontrent, entre autres, ses diverses implications, au fil du temps, au sein des conseils d’administration du Camp musical du Lac-Saint-Jean, de l’Académie des porteurs de musique et du comité Concerto. Parce que, pour paraphraser Nietzsche, « la vie sans musique est tout simplement une erreur. »



