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Lac Saint-Jean: un niveau anormalement élevé qui inquiète

Le 09 avril 2022 — Modifié à 23 h 03 min
Par Yohann Harvey Simard - Journaliste de l'Initiative de journalisme local

À l’approche de la crue printanière, des citoyens se disent inquiets quant à la prochaine montée des eaux du lac Saint-Jean. Le 16 mars dernier, son niveau était de 8,7pi, soit environ 3,7pi de plus qu’en temps normal à pareille date.

« Habituellement, au mois de mars, ils descendent le lac à 3 ou 4 pieds. Mais cette année, ils le maintiennent entre 7 et 8 pieds juste avant la crue. Autrement dit, quand la crue va commencer, le lac va être plus élevé. Alors c’est sûr qu’il y a des inquiétudes et des questionnements à savoir si la capacité du lac de recevoir la crue ne sera pas altérée », affirme Luc Simard, président du regroupement Un lac pour tac pour tous.

De son côté, Rio Tinto soutient que « bien que cette situation soit différente de ce qui est connu, celle-ci est sous contrôle et représente des opérations régulières, sans risque additionnel dans la gestion du niveau du lac Saint-Jean. »

En date du 1er avril, il était projeté que le niveau du lac puisse être d’environ « deux mètres supérieur à la moyenne des dernières années avant de revenir à la normale vers le début de mai. »

Sans vouloir entrer dans les détails, la multinationale laisse entendre que c’est en raison de travaux d’entretien à la Centrale Chute-des-Passes que le lac est maintenu à un niveau anormalement élevé.

Une gestion imprudente

D’abord en tant qu’employé d’Alcan (aujourd’hui Rio Tinto) et ensuite à titre de journaliste, France Paradis s’intéresse à la gestion du lac Saint-Jean depuis 1976.

« Le dossier du lac, je le connais sur le bout de mes doigts », dit-il.

Ainsi, selon lui, la décision de Rio Tinto de maintenir le lac à un niveau aussi élevé vise uniquement « à produire le maximum de kilowatts pour faire le maximum d’argent au détriment de ce que les citoyens peuvent en penser. Ils ne sont pas là pour le bien commun. »

Lors d’un échange de courriels avec Rio Tinto, France Paradis a pu apprendre que les travaux de la Centrale Chute-des-Passes auront pour effet de réduire la production d’électricité au nord, et que pour assurer l’alimentation en énergie de ses alumineries, Rio Tinto entendait produire davantage à ses installations du Saguenay, d’où le maintien du lac à un niveau élevé.

Or, France Paradis estime que dans un contexte où le couvert de neige actuel du bassin, lequel est à l’origine de 60% de la crue, se situe à 117% par rapport à la normale, il serait « dans la logique des choses » de maintenir le lac à son niveau habituel.

Ce sont les conditions météorologiques qui déterminent les 40% restants du volume de crue. En ce sens, citant les inondations de 2017 et de 2019, France Paradis rappelle que nous ne sommes jamais à l’abri d’un « coup de chaleur » ou d’épisodes de fortes précipitations, dans lesquels cas d’autres inondations seraient à prévoir.

D’ailleurs, Rio Tinto a admis que la gestion actuelle du lac Saint-Jean comportait une marge de sécurité de 90%, alors que celle-ci est normalement de 95%.

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