Lors de fortes pluies, le réseau d’évacuation des eaux est saturé, et la station d’épuration au maximum de sa capacité, dans le secteur de Saint-Bruno à Hébertville. Afin de régulariser la situation, la municipalité doit séparer les conduites de drainage des eaux pluviales de celles servant aux égouts. Un chantier titanesque, explique l’urbaniste et directeur général adjoint d’Hébertville, Philippe Lusinchi.
« En ce moment, on est dans un défi monstrueux de gestion des eaux pluviales parce que toutes les municipalités qui avaient des tuyaux avant l’arrivée des stations d’épuration, elles avaient toutes des systèmes d’égout unitaire généralement situés dans le cœur des villages. Donc, tous les quartiers périphériques, même si eux, leur réseau est parfois séparé, doivent transiter par le cœur du village dans une conduite unitaire avant d’aller à la station, ce qui fait qu’ici, on a 5 km de conduites à changer dans le village pour venir à bout de cette problématique-là. »
La municipalité devra donc procéder par étape. Les efforts sont actuellement concentrés dans le parc se trouvant au cœur de la municipalité. Alors que la surface du terrain de tennis devait être refaite, Hébertville en profite pour procéder à la séparation du système de drainage de cette section du parc.
À terme, toute la pluie qui s’abat sur la zone du parc sera en partie infiltrée dans le sol et le reste acheminée vers un bassin de décantation à l’extrémité du parc afin d’assurer une gestion efficace des eaux pluviales. « C’est ce qu’on appelle la gestion durable des eaux pluviales. Et c’était important de le faire dans le parc étant donné que cette zone-là surcharge régulièrement notre réseau en temps de pluie. »
Pas près d’être réglé
Selon Philippe Lusinchi, et c’est sans considérer l’aspect financier, insiste-t-il, il faudra de 10 à 15 ans au secteur de Saint-Bruno pour changer les 5 km de conduites qui transitent par un système unitaire et ainsi diviser le réseau adéquatement.
« On a une problématique tellement grande que même avec des gens crinqués comme moi qui ne veulent rien pelleter dans la cour des générations futures, je me dis parfois qu’au lieu de prendre 10 à 15 ans, ça va peut-être en prendre 30. »
Des travaux coûteux qui ne paraissent pas
L’urbaniste soulève également que ce type de travaux de voirie, bien que fondamental, reste souvent invisible aux yeux de la population. Ce que les citoyens retiennent toutefois, c’est l’impact sur leur taux de taxation.
« On ne va que remplacer des tuyaux, rien faire de nouveau, et avoir un compte de taxes qui bondit. Il n’y a rien de tripant là-dedans pour les citoyens. »
Obstacle au développement
La saturation du système de traitement des eaux usées en temps de fortes pluies freine par ailleurs le développement de la municipalité.
« Ici [secteur de Saint-Bruno], si je propose un projet d’ouverture de rue, je vais me faire refuser par le ministère de l’Environnement en raison de notre bilan de rejet d’eaux usées », illustre Philippe Lusinchi.
Selon ce dernier, la situation serait d’autant plus critique dans le secteur d’Hébertville, où le réseau d’évacuation et de traitement des eaux est encore plus vieux que celui du secteur de Saint-Bruno.
Un problème provincial
Mais la situation d’Hébertville et de ses trois secteurs est loin d’être unique. Bien au contraire, des dizaines de municipalités sont dans le même bateau au Québec, selon un rapport de la Fondation Rivières.
La gestion des eaux usées pose en effet des défis majeurs à plusieurs municipalités québécoises, divisées entre celles qui déversent leurs eaux sans aucun traitement et celles aux prises avec des débordements fréquents lors des surverses, comme Hébertville. Des milliards de dollars sont requis pour mettre à niveau les infrastructures.
De nombreuses grandes villes et municipalités régionales enregistrent un nombre élevé de déversements d'eaux usées non traitées dans le milieu naturel en raison de la vétusté de leurs réseaux ou de surcharges lors de précipitations (le fameux phénomène des réseaux d'égouts unitaires).