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Rio Tinto n'effacera jamais le nom Alcan

Le 22 mai 2015 — Modifié à 00 h 00 min le 22 mai 2015
Par Karine Desrosiers

HISTOIRE. Quand Rio Tinto débarque quelque part avec ses gros sabots, elle a tendance à écraser tout ce qui ne fait pas son affaire. En 2007, au moment où le grand groupe minier prenait possession de la compagnie Aluminium du Canada, mieux connue sous le vocable Alcan, ce dernier nom venait s'accoler automatiquement à celui de Rio Tinto pour désigner la division de l'aluminium où la multinationale mettait les pieds.

Quelque huit ans plus tard, la haute direction de Rio Tinto a communiqué sa ferme intention d'éliminer le nom Alcan de son appellation désignant la division aluminium. Le nom Rio Tinto présentera désormais l'entreprise dans sa globalité et il en sera ainsi.

Le nom Alcan disparaîtra progressivement de toutes les appellations.

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Je suis surpris, pour ne pas dire choqué de la réaction mitigée de nos grands décideurs faces à cette décision. Pas de hauts cris, pas de manifestations, pas de débats publics sur la question.

C'est un peu comme si le fait que Rio Tinto annonce la décision, on l'accepte et on passe à autre chose.

Mais pourtant, le geste posé par Rio Tinto vient heurte de plein fouet une notion fondamentale: notre histoire.

Comment Rio Tinto peut-elle penser effacer du revers de la main près de 100 ans d'histoire avec la création officielle d'Aluminium Company of Canada, en 1928 puis d'Alcan, en 1966 ?

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Le point de départ de cette disparition du nom Alcan trouve son origine dans l'acquisition d'Aluminium du Canada par Rio Tinto, en 2007. Dans les discussions de l'époque, on avait comme obligé Rio Tinto à conserver le nom Alcan et à maintenir un siège social décisionnel à Montréal.

On s'est cependant vite rendu compte que les intentions de Rio Tinto étaient avant tout de rentabiliser le plus rapidement possible cet investissement de 38 milliards $ pour mettre la main sur le fleuron de l'aluminium et ainsi damer le pion à sa concurrente Alcoa qui avait misé 32 milliards $ sur Alcan.

Tous savaient que Rio Tinto avait payé trop cher un actif qui au plus avait une valeur réelle de quelque 35 milliards $.

En peu de temps, Rio Tinto s'est mise en frais de se départir de certains secteurs secondaires pour se concentrer uniquement sur la production d'aluminium.

Cette décision a en quelque sorte sonné le glas à une industrie qui s'est par la suite retrouvée au cœur de la crise économique mondiale de 2008 avec une chute drastique des prix du métal gris.

En fait, malgré quelques années payantes, le deal de l'acquisition d'Alcan, par Rio Tinto, n'a jamais rapporté les dividendes à quoi les grands argentiers de la compagnie s'attendaient.

Avant tout, face à des marchés difficiles, la première réponse que doivent donner les dirigeants de Rio Tinto, c'est avant tout de satisfaire les investisseurs qui ont placé leurs billes dans l'entreprise et qui exigent du rendement.

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La vocation de Rio Tinto se tourne décidément vers la production d'aluminium au prix le plus bas possible. À ce compte-là, les usines québécoises représentent toujours un bel actif et, plus près de nous, l'usine Alma demeure l'un des fleurons les plus rentables.

Chex nous, demain matin, ce sera encore Alcan… et pour longtemps.

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