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11 Septembre, de l’horreur à l’oubli

Le 09 septembre 2016 — Modifié à 00 h 00 min le 09 septembre 2016
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(Par Sébastien Tanguay) Le matin du 11 septembre 2001, pendant que le tiers de la planète regardait, horrifié, les deux tours du World Trade Center en flammes, Brenda Berkman fonçait droit vers Lower Manhattan dans l’uniforme de 70 lbs des New York’s Bravest – les pompiers de la mégapole américaine. Pendant les semaines qui suivirent les pires attentats survenus en terre américaine depuis la découverte du Nouveau Monde, elle a retourné les ruines de Ground Zero, le cœur de la tragédie qui allait façonner le début du IIIe millénaire. Quinze ans plus tard, elle se demande si son sacrifice, et celui de tant d’autres héros du 11/09, n’est pas en voie d’être oublié…

«On n’enseigne pas le 11 Septembre à l’école, déplore Mme Berkman. Pourtant, les jeunes doivent comprendre le monde dans lequel ils vivent : un monde post-nine/eleven.»

Même au bout du fil depuis Brooklyn, ce constat semble douloureux pour celle qui a servi au sein du Fire Department City of New York (FDNY) pendant un quart de siècle. Ce matin fatidique «où le monde bascula», selon l’expression consacrée, a longtemps hanté Mme Berkman. Pour elle, le 11-Septembre signifie une haine insensée, faucheuse de près de 3000 vies innocentes, dirigée tout droit contre le pays et la ville qu’elle servait. Il représente aussi la perte de 343 collègues, assassinés lorsque les tours jumelles de 110 étages se sont effondrées sur eux, à 9h59 et 10h28.

Entre les quarts de travail éreintants à chercher des survivants – seulement trois personnes ont été retirées vivantes des décombres – ou des corps, Mme Berkman devait aussi assister aux funérailles d’amis disparus dans la tragédie. Leur nombre, trop élevé, ne lui permit pas d’être présente à chaque office…

«Le premier sentiment que j’ai eu, en arrivant à Ground Zero, c’est l’impuissance.» – Brenda Berkman, ancienne capitaine du Fire Deparment City of New York, qui fut sur la ligne de front dès le début des attentats contre le World Trade Center.

«La noirceur et le deuil ont été occultés par mon devoir. Je pouvais encore sauver des vies ou retourner un proche à une famille endeuillée. Je pouvais aider New York à guérir et c’était mon travail de le faire. Même si c’était très chaotique les premiers jours – quelle ville aurait pu être prête à affronter le 11 Septembre? –, nous devions continuer à travailler, à servir, à faire ce que nous pouvions pour consoler le FDNY et la ville», se rappelle Mme Berkman.

Ses souvenirs l’ont pourchassée longtemps après le drame. Maintenant, c’est ceux et celles qu’elle a perdu ce jour-là qui la hantent encore. D’autres, moins chanceux, sont rongés par un mal plus insidieux que la tristesse: la maladie.

«Après le 11 Septembre, plusieurs problèmes de santé ont commencé à émerger parmi ceux et celles qui ont participé aux opérations de secours. Beaucoup de gens ont souffert ou souffrent, encore aujourd’hui, de cancer à cause des fumées qui émanaient des décombres», se chagrine Mme Berkman. Et pour cause: des feux ont continué à brûler pendant 69 jours sous les tonnes d’acier, de béton et de verre des deux tours écroulées.

Quinze ans après la catastrophe, Mme Berkman s’inquiète d’une chose : l’oubli. Aujourd’hui guide volontaire au mémorial consacré au 11 Septembre, elle côtoie jour après jour des gens qui lui témoignent une gratitude sincère pour l’héroïsme qu’elle a opposé à l’horreur. «Cette bonté, la communauté du 11 Septembre la ressent et l’apprécie quotidiennement», raconte-t-elle.

Mais la résurgence de discours dégradants dans l’espace public l’indigne profondément. «J’entends des discours haineux envers les homosexuels, les femmes, les musulmans, les hispaniques. Le matin du 11 septembre, ce sont des gens de 90 nationalités et de toutes les diversités qu’on a perdus. Et j’ai vu des membres de chacun de ces groupes travailler épaule contre épaule pour rebâtir New York après les attentats. S’il y a une chose positive qui a émergé du 11 Septembre, c’est cette solidarité que j’ai constatée jour après jour. Comment a-t-on pu oublier leur sacrifice?» s’indigne Mme Berkman.

«Ce n’était pas un feu ordinaire»

Les décombres de Ground Zero, composés de milliers de tonnes de béton, de verre et d’acier pulvérisés, se sont révélés extrêmement toxiques et nuisibles pour la santé humaine.

De nombreux agents cancérigènes, dont l’amiante et le plomb, ont notamment été respirés par ceux et celles qui sont venus porter secours sur les lieux du drame.

Une étude publiée en 2010 dans le New England Journal of Medicine et portant sur près de 13000 premiers répondants a mis en lumière la baisse de leur capacité pulmonaire. À la suite du 11 Septembre, 91,6%

d’entre eux avaient perdu, en moyenne, 10% de leur puissance respiratoire. Certains avaient développé de l’asthme, d’autres des cancers…

«Ce n’était pas un feu ordinaire, a écrit le Dr David J. Prezant, un des auteurs de l’étude et médecin en chef au FDNY. Il y avait des milliers de litres de kérosène en flammes et un immense nuage de particules a enveloppé ces travailleurs pendant plusieurs jours.»

Un an après l’attaque, la santé pulmonaire des sauveteurs s’était dégradée autant que s’ils avaient vieilli de 10 ans.

Bien que plus de 33000 personnes soient encore aujourd’hui traitées pour des maladies liées au 11 Septembre, la prolongation de leur couverture de santé a fait l’objet d’une bataille féroce au Congrès en 2015, alors que des élus tentaient de réduire les montants alloués à ceux et celles qu’on promettait, en 2001, de ne jamais oublier.

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