Surdoses, altercations mouvementées, défécations dans des lieux publics; l’itinérance et les problèmes qui en découlent sont de plus en plus prégnants à Alma.
Soulignons d’entrée de jeu que ces actes sont le fait d’une minorité de personnes itinérantes.
Cela dit, il n’en demeure pas moins que l’itinérance, concentrée au départ dans le secteur du centre-ville, s’est tranquillement répandue pour atteindre des endroits comme le Centre Mario-Tremblay. Ses effets collatéraux se sont parallèlement amplifiés, donnant lieu, par exemple, à la présence d’excréments dans différents établissements publics ou privés de la ville d’Alma, selon des sources du journal Le Lac-St-Jean.
Malgré les impacts sur ceux qui la vivent et sur ceux qui la côtoient, l’itinérance reste difficile à gérer pour les municipalités, qui n’ont que peu de moyens pour intervenir sur un phénomène aussi complexe. La mairesse d’Alma, Sylvie Beaumont, donne l’exemple de la présence récurrente de personnes itinérantes à la bibliothèque municipale.
« À un moment donné, nos ressources deviennent submergées par la problématique. Nous, notre job, c’est de donner un service à la population, c’est de s’assurer que les lieux soient paisibles et que le personnel soit compétent et réponde aux besoins de la clientèle. Mais là, même si notre personnel se fait accompagner par les travailleurs de rue d’Alma, ce n’est plus suffisant parce que nos filles de la bibliothèque, elles sont obligées de régler des cas de surdoses, des cas de personnes qui ont des problèmes de santé mentale. »
En somme, la mairesse affirme : « nous, les municipalités, nous ne sommes pas équipées, nous n’avons pas les ressources, nous n’avons pas la formation ni la fonction, d’ailleurs, de prendre en charge ce genre de dossiers-là qui ont des impacts majeurs sur nos municipalités ».
Sans crier gare
De plus, Sylvie Beaumont rappelle que c’est de façon soudaine que l’itinérance est apparue à Alma, rendant d’autant plus compliquée la formulation d’une réponse adéquate.
« Quand l’itinérance est apparue au centre-ville, car elle est littéralement apparue durant la pandémie, nous avons rencontré notre député [Éric Girard] et nous avons travaillé ensemble pour mettre une roulotte en place. De notre côté [la Ville d’Alma], nous avons contribué en mettant du personnel, des investissements. Mais ça, c’était temporaire. Ensuite, il a fallu trouver un moyen plus durable : le refuge de nuit [situé dans le quartier Naudville près de l’église Saint-Sacrement]. Mais ça non plus, ce n’est pas une solution définitive », estime Sylvie Beaumont.
Si la Ville d’Alma s’engage à fournir de l’aide à la hauteur de ses moyens, la mairesse croit que le gouvernement du Québec doit absolument jouer un rôle de « leader » dans le dossier. Elle rappelle que « les principaux déterminants de l’itinérance relèvent de la Santé publique et des Services sociaux, domaines de compétences exclusifs du gouvernement du Québec », ajoutant que le gouvernement dispose, « par l’entremise de ses ministères et de ses organismes, incluant le CIUSSS, des leviers législatifs, financiers et organisationnels pour planifier, ordonner et déployer des interventions structurantes et durables en matière d’itinérance ».
Les refuges plus en demande
Pendant ce temps, à Alma, les refuges pour personnes itinérantes ont connu une augmentation de leur fréquentation de jour comme de nuit.
Depuis son ouverture en janvier 2024, le refuge de jour d’Alma Le Passage a enregistré une hausse graduelle de son nombre d’utilisateurs quotidiens, passant de 5 à 8 usagers à 10 à 12 usagers en moyenne, indique Andréa Simard, directrice générale du Centre de rétablissement Le Renfort, l’organisme responsable du refuge. « Nous avons eu une bonne augmentation, dit-elle. Cet hiver, nous avons eu jusqu’à 16 personnes différentes en une seule journée. »
Andréa Simard insiste sur l’importance de la collaboration entre les différents acteurs concernés.
« C’est vraiment un problème de société [l’itinérance]. Nous [Le Renfort], nous avons levé la main, mais nous n’étions pas plus responsables des personnes itinérantes plus que le député ou que ma mère ou mon père. Notre mission, c’est la santé mentale, mais je crois que c’est important que tous les acteurs collaborent. C’est pour ça que nous avons levé la main. »
Quoi qu’il en soit, l’intervention en itinérance représente une charge de travail considérable pour l’organisme déjà très sollicité pour sa mission première.
« La clientèle change, on doit constamment ajuster nos services et on doit aussi s’assurer de bien soutenir nos intervenants parce que ce n’est pas si simple d’être dans un centre de jour avec ces personnes-là qui sont multi-souffrantes », si bien qu’une plus grande implication, notamment financière, du gouvernement du Québec et de la Ville d’Alma serait la bienvenue, admet la directrice générale du Renfort.
La fréquentation du refuge de nuit a augmenté elle aussi, observe Yanick Harvey, directeur général de la Maison d’accueil pour sans-abri de Chicoutimi, l’organisme responsable du refuge. « Le premier hiver (2023-2024), dit-il, nous avions en moyenne de trois à quatre personnes qui utilisaient le service, tandis que cet hiver, nous avons eu des nuits où c’était complet. […] Quand on compare la période de janvier 2024 à avril 2025 à celle d’avril 2025 à janvier 2026 , on compte 230 nuitées de plus. »
À l’ouverture du refuge, six lits pour hommes et quatre pour femmes étaient offerts. Afin de s’ajuster à la demande, deux des lits pour femmes ont depuis été attribués aux hommes, qui sont plus nombreux à utiliser le service.
Pour Yanick Harvey et Andréa Simard, il demeure toutefois difficile de déterminer si la plus grande fréquentation de leur centre découle d’une augmentation de la population itinérante ou simplement d’une meilleure connaissance des services.
De son côté, bien qu’il n’ait pas de chiffres précis, Luc Boissonneault, agent de planification, programmation et recherche à la direction du département Santé mentale, dépendance et jeunesse du CIUSSS du Saguenay−Lac-Saint-Jean, affirme qu’à « la grandeur du Québec, l’itinérance est en hausse et qu’Alma ne fait pas bande à part. Donc, oui, dit-il, il y a du moins une augmentation de l’itinérance visible ».
Prévention et recherche de solutions
Une démarche stratégique visant à réduire l’itinérance a été initiée par le gouvernement du Québec au courant des dernières années. Plusieurs organes de concertation et d’action provinciaux et régionaux ont été créés dans la foulée, dont le comité régional de veille sur l’itinérance du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Le comité de veille tient des rencontres toutes les deux semaines où sont présents tous les acteurs du milieu communautaire concernés par l’itinérance : les corps policiers, les offices municipaux d’habitation, des délégués politiques, certains organisateurs communautaires ainsi que la Direction des programmes en santé mentale, dépendance et jeunesse du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le comité se veut un forum pour échanger sur les facteurs qui influencent les risques de se retrouver en situation d’itinérance et pour trouver des solutions visant à améliorer les services en amont offerts aux personnes vulnérables.
Andréa Simard et Yanick Harvey soutiennent que les refuges demeureront toujours des solutions temporaires. En ce sens, ils précisent que leur mission est aussi de sortir les gens de la rue, notamment en les orientant vers d’autres ressources.
« On met des ressources en place autour des personnes. On travaille leur motivation à vouloir se sortir de ce phénomène-là et on les amène tranquillement, mais sûrement vers les services qui vont leur permettre de s’en sortir, soit en allant en chambre, en thérapie ou même en appartement. Dans le dernier mois, nous en avons deux ou trois qui se sont placés », se réjouit la directrice générale du Renfort.
En terminant, si tous les acteurs interrogés s’entendent pour dire que la collaboration est la clé, entre eux, il semble parfois difficile de trouver un équilibre relativement à l’attribution des tâches et des responsabilités pour enrayer ce phénomène complexe qu’est l’itinérance.