Ils étaient nombreux à se présenter aux portes du Centre d’art actuel Langage Plus le 24 avril dernier, à l’occasion d’un triple vernissage réunissant deux expositions en arts visuels et une exposition-témoin en vitrine.
Nous somme tou-te-s signaux, une œuvre composée de trois installations réalisées par Amélie Brindamour de Montréal, a entre autres présentée. L'oeuvre cherche à activer l’imaginaire, à transformer le regard anthropocentrique qui positionne l’humain-e en situation de supériorité vis-à-vis des autres espèces et à encourager une plus grande sensibilité aux signaux transmis par les agent-e-s vivant-e-s dans notre environnement », décrit le Centre d’art actuel Langage Plus.
L’œuvre explore le phénomène de bioluminescence chez divers organismes vivants, tels que les animaux marins, les champignons et les insectes. Les trois installations interactives faisant partie de l’exposition intègrent des biomatériaux – du mycélium de reishi et du bioplastique à base d’agar – ainsi que de la résine à des composantes électroniques.
« Par le biais de circuits analogiques relativement simples comportant des capteurs connectés à des microcontrôleurs, Nous somme tou-te-s signaux adopte une posture slow-tech qui évoque une certaine poésie. À travers différents capteurs – de rythme cardiaque, de tonalités sonores et de proximité – les interactions génèrent une réflexion sur l’interconnexion au vivant, les formes de communication alternatives et les systèmes intelligents présents dans la nature. »
L’apparentement de Nel P. Racin
A également été dévoilée L’apparentement de Nel P. Racin, une œuvre issue de l’imaginaire de Nélanne Racine de Saguenay proposant une réflexion sur les relations entre le soi, l’espace et le langage, envisagés non plus comme des entités distinctes, mais comme des réalités intriquées. À travers une œuvre vidéographique et des déclinaisons imprimées, l’artiste explore des micromouvements de régulation où les éléments — corps, décors, signes — interagissent selon des logiques fluides et mouvantes. »
« En s’appropriant des fragments cinématographiques et littéraires, notamment inspirés de Marguerite Duras, dit-on, la créatrice altère les figures et brouille les identités, ouvrant à une pensée non dualiste. Les formes circulaires, ondulatoires et particulaires qui traversent l’ensemble du corpus traduisent cette instabilité fondamentale : les phénomènes ne sont ni internes ni externes, mais circulent entre les deux. »
Ainsi, le projet agit comme un dispositif critique, remettant en question les constructions dualistes héritées et proposant une vision itérative, relationnelle et mouvante de l’identité et du monde.
Art actuel en milieu scolaire
La septième édition du programme Art Actuel en Milieu Scolaire (ArAMiS) s’est déroulée d’octobre à décembre 2025 à l’école secondaire Les Bâtisseurs. Lors de cette résidence, une classe de secondaire 3 de l’école Les Bâtisseurs a été mobilisée lors de huit ateliers à la division METAARS RD de l’entreprise A.R.T. (Art, Recherche et Technologie), active dans la région du Saguenay.
« Le projet METAARS RD prolonge la dimension de recherche en s’inscrivant dans un cadre participatif et spéculatif. Conçu comme une filiale fictive de A.R.T., il transpose les codes de la recherche et développement dans un contexte artistique et pédagogique.
À travers ce dispositif, des élèves sont invités à intégrer une équipe de « recherche » et à imaginer une vision issue d’un futur marqué par les transformations climatiques et une économie de partage. En s’appuyant sur des principes, le projet interroge les relations entre technologie, société et environnement. La vision de l’avenir ouvre un espace de réflexion critique sur les futurs possibles. Le projet agit ainsi comme un laboratoire de pensée où la création artistique devient un vecteur d’anticipation et de reconfiguration du réel. »
Les ateliers ont été dirigés par Dennis Baril, directeur général de A.R.T., dont la démarche artistique s’ancre dans « une réflexion approfondie sur le langage envisagé comme force structurante du réel ». Plutôt que de représenter, l’artiste cherche à activer le langage en le traduisant en dispositifs matériels. Ses œuvres — sculptures et installations — prennent des expressions courantes au pied de la lettre et les transforment en objets opératoires, révélant ainsi la manière dont le langage conditionne nos comportements, nos affects et nos systèmes de pensée.
« En mobilisant une esthétique empruntée au design industriel et au laboratoire, il conçoit des objets techniquement plausibles, mais volontairement ambigus, oscillant entre fonctionnalité et absurdité. Ce déplacement critique met en lumière les mécanismes de normalisation et de standardisation à l’œuvre dans nos sociétés contemporaines, notamment à travers les discours de l’innovation et de l’optimisation. L’objet devient ainsi un outil critique, un lieu de tension entre langage, action et perception. »