Lundi, 22 juillet 2024

Chroniques

Temps de lecture : 2 min 14 s

Là où les âmes meurent

Le 07 avril 2023 — Modifié à 14 h 08 min le 07 avril 2023
Par Mélyna Girard

La Jasette de la gazette

J’arrive d’un court séjour près de la métropole, où j’ai logé dans un hôtel recommandé par une personne qui ne fait plus partie de ma liste d’amis.

Elle m’a en effet suggéré de me rendre au Dix30. En retard sur les nouvelles, je n’y étais jamais allée alors que le quartier existe depuis 2006.

Qu’en dire? Du béton. Du plastique, sur les murs et les visages. Des grandes chaînes. Beaucoup beaucoup de monde.

Un husky géant se faisait mener sur le pavé uni, au travers de la foule serrée. Je ne lui ai pas demandé, mais d’ après-moi il rêvait d’autre chose pour son samedi matin. Pauvre bête. Et pauvre maître qui ramassera consciencieusement le caca géant sur du « dur ». Me semble que c’est si propre, ramasser son chien dans la neige ou la pelouse.

Un groupe de yoga prenait place dans un couloir intérieur. Pour reconnecter avec? Je ne sais trop quoi. La façade du Michael Kors peut-être? J’imagine qu’il n’y a rien comme tenir en équilibre sur la tête les pattes écartées devant un étalage de chaussures à 400 $. Parmi les passants qui magasinent.

Pas d’arbres, ben des voitures. L’hôtel où nous logions nous donnait une vue imprenable sur l’échangeur qui a donné son nom au quartier. C’est plein de poésie, cet hommage à deux artères d’asphalte.

Des condos gris en construction tout autour, avec balcon privé donnant vue sur le condo voisin. Pas un seul boisé pour s’extraire de ce désastre bétonné. Et ça pue l’exhaust. Partout.

J’ai pris la fuite dans un spa pour échapper à ce bled superficiel.

Houlai.

L’expérience thermale extérieure était d’un charme inégalable. J’ai pu relaxer devant un panorama grandiose avec vue sur un Dollarama, des stationnements remplis à pleine capacité et des pylônes d’hydro qui se suivent à l’infini pour se perdre dans l’horizon.

On est loin de l’Éternel spa.

J’ai été triste de vivre le Dix30, et le style de vie qui se développe autour. Dans une boutique, j’ai demandé d’avoir une copie de ma facture en papier. Froncement de sourcil et jugement de la caissière : « on ne fournit plus de factures papier voyons madame, on est écolo ici. »

Ah oui. Écolo comme ton Dix30 où pas un arbre ne pousse, qui a été bâti en plein sur des terres agricoles de qualité… Et où les huskys se transforment eux aussi en zombies.

Tout le poids du clash entre les régions et les grands centres m’est apparu dans un tsunami de pensées désordonnées : le trafic - les ilots de chaleur - les chevreuils du parc Michel-Chartrand - la forêt - le français - le transport en commun - les publisacs - le kombucha – les Nordiques - Bonjour/Hi- les minicentrales - les VUS…

Évidemment tout n’est pas noir ou blanc (sauf au Dix30 où tout est gris) mais ce séjour dans la périphérie métropolitaine m’a laissé un goût amer dans la bouche, et je me suis prise d’une affection encore plus marquée pour nos centres-villes d’ici qui, s’ils vivent des heures troubles, ont une histoire et une âme dont plus que jamais je veux faire partie.


Chaque semaine, un membre de l’équipe de Trium Médias prend parole sur un sujet de son choix, c’est La Jasette de la gazette.

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