Chroniques

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Le droit de manifester

Le 15 mai 2025 — Modifié à 08 h 00 min
Par Mark Dickey

J’ai déjà été jeune et comme la plupart d’entre vous, j’ai fait partie d’un groupe de manifestant à l’époque de mon médiocre parcours scolaire. C’était en 1988 à la polyvalente Kénogami, j’avais alors 13 ans. Avec un petit groupe d’ami, nous avions dès lors décider de «débrayer» durant la récréation afin de manifester contre les assouplissements de la loi 101. À l’époque, les tensions entre les souverainistes et les fédéralistes effectuaient un retour en force pour faire suite au lendemain de veille du référendum de 1980. Évidemment, plusieurs participants de cette soudaine manifestation ignoraient le pourquoi de celle-ci. C’était juste cool de «débrayer» et défier l’autorité. Une soixante a quitté l’école en remontant le boulevard des étudiants vers la polyvalente de Jonquière, celle des plus vieux. Escorté par des policiers surgis de nulle part et malgré nos efforts, incapables d’acquitter notre mission, celle de faire sortir les plus grands de 16 ans. Un retour pénible où les policiers nous faisait rapidement comprendre qu’il fallait retourner en classe.

Nous commencions évidemment à trembler dans nos pantalons. Certains prenaient le chemin du centre d’achat, d’autres comme moi faisait face à la musique. Nous étions une dizaine dans la classe de la terrifiante Lucette Bilodeau. Un par un, elle nous regardait, elle nous dévisageait. Chacun d’entre-nous devait répondre à la question suivante: Pourquoi nous avions fait ça. Tous ceux avant moi ne savaient que répondre. À mon tour, tentant de cacher mon stress, je lançais: «Parce que c’est important de ne pas perdre le français au Québec». Une réponse qui semblait à l’époque satisfaire le professeur puisqu’elle se leva brusquement de sa chaise et s’exclama: « Bien pour ça faut savoir l’écrire!!!!!! ». Est-ce qu’elle avait raison? Absolument. 37 ans plus tard, je ne regrette pas ce geste, la cause étant tout de même importante.

Au cours des années suivantes, plusieurs autres manifestations ont suivi. Souvenez-vous du printemps érable. D’accord, ou pas, le droit de manifester existe. De s’exprimer, de s’indigner et de sortir dans les rues, c’est un droit. Néanmoins, lorsqu’un jeune sort sur les médias sociaux de façon maladroite et invite les jeunes à faire une grève contre l’interdiction des cellulaires à l’école en plein vendredi, c’est là que je décroche. Le message sur la vidéo est tellement mauvais. Le jeune semble être en colère, nomme le gouvernement monsieur et madame, c’est presque agressant. L’absence d’arguments est notoire. Tristement, il s’est fait ramasser par des adultes sur les médias sociaux et ça a débordé. C’était prévisible. La suite nous laisse croire que cette grève fut un échec. Tant mieux! Ce sera toujours le temps de manifester contre des coupures, pour l’injustice, pour des droits ou pour faire un pays. Mais pour envoyer un texto à Keven pendant le cours de Lucette Bilodeau…… Je n’ose même pas imaginer comment tu te serais fait ramasser, avec raison!
 

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