Chroniques

Temps de lecture : 2 min 23 s

Ce qu’on ne veut pas voir

Le 30 octobre 2025 — Modifié à 06 h 46 min
Par Stéphanie Gagnon

J’ai vu passer une vidéo complètement horrible sur une page Spotted de la région. Elle a été partagée par une maman que je devine à boutte. On y voit son p’tit garçon, son bébé, son trésor, la chair de sa chair, se faire malmener au parc.

L’enfant est encerclé par une bande de jeunes qui rient, crient, filment, insultent. Ils le bousculent, le provoquent, lui crachent dessus. Ils s’encouragent entre eux : « Fais-lé se mettre à genoux! » Et lui, pauvre lui, est seul au monde. Il reste là, figé, la tête rentrée dans son hoodie, comme s’il voulait juste disparaître.

« Sauve-toi mon beau p’tit cœur, reste pas là! » que je lui criais en secouant mon téléphone, impuissante devant ce spectacle crève-cœur. J’ai pleuré. J’ai pensé à mes enfants, que je ne voudrais jamais voir ni comme victimes… ni comme agresseurs.

Ça fait plus d’une semaine et j’ai encore la violence des images imprimée dans la rétine. Pis de travers dans la gorge.

Ce qu’on voit dans cette vidéo, c’est loin d’être une simple chicane d’enfants. C’est pas un jeu qui a mal tourné. C’est une chasse. Celle d’une meute autour d’une proie. Ces jeunes-là m’ont fait penser à des hyènes qui mordent et harassent, pas avec des crocs, mais avec des mots, des gestes. Avec les yeux brillants de ceux qui se repaissent de la peur qu’ils provoquent.

Dans la nature, les hyènes tournent autour de leur gibier, aboient, claquent des dents, emportent des morceaux de peau et de pelage, le blessant jusqu’à ce qu’il tombe d’épuisement. Au parc, les tortionnaires font pareil : sauf qu’ils arrachent des bouts de dignité, de confiance, d’estime. Ces morsures-là font saigner, parfois dehors, mais dedans, toujours. Elles brisent.

Nous les adultes, on regarde. On s’indigne. On commente. Mais faudrait surtout se rappeler une chose : les agresseurs, ils naissent pas dans la savane. Ils naissent dans nos maisons. Dans les soupirs méprisants qu’on laisse passer. Dans les rires quand un enfant en ridiculise un autre. Dans les « c’est juste pour niaiser » qu’on accepte parce qu’on est fatigués… ou qu’on veut pas voir. Dans les parents qui défendent leur p’tit ange, même quand tout le quartier sait qu’il fait du mal.

Évidemment, aucun parent sait tout. Mais y’a des signes qu’on choisit de pas voir. Un ton arrogant. Un manque d’empathie. Une façon de parler aux autres comme s’ils valaient moins. Ces comportements-là, ça pousse pas soudainement au parc : ça grandit, lentement, dans l’indifférence.

Alors oui, les jeunes qui s’en prennent aux plus faibles sont responsables. Mais les adultes qui leur ont jamais appris la décence portent aussi une part du fardeau. Le respect, ça s’improvise pas à quinze ans. Ça s’enseigne. Ça se vit. Ça s’exige.

On fait quoi ? On parle beaucoup de punir. Oui, d’accord. Mais faudrait surtout parler de bâtir. Les jeunes ont besoin d’encadrement, mais surtout de modèles. D’adultes qui leur parlent droit dans les yeux, qui laissent pas passer le mépris sous prétexte que « c’est l’âge ». Faut enseigner la compassion, le courage d’intervenir. Et quand un enfant en défend un autre, acclamons-le!

C’est comme ça qu’on brise les meutes : en formant des protecteurs, pas des spectateurs.

En attendant que les bullies fassent partie du passé, à toi, l’enfant dans le hoodie et à tous les autres qui subissent des abus : dénoncez. Un secret qui fait mal, c’est pas un vrai secret, c’est un fardeau et ça ne se vit pas seul.

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