Chroniques

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Autoroute Alma–La Baie : l’abdication du député Éric Girard

Le 15 janvier 2026 — Modifié à 14 h 48 min le 14 janvier 2026
Par Roger Lemay

Il y a des silences qui résonnent plus fort que de longs discours. Celui du député de Lac-Saint-Jean, Éric Girard, concernant l’achèvement de l’autoroute Alma–La Baie en est un. En refusant de se battre pour ce projet nécessaire, pourtant réclamé depuis des décennies, le nouveau ministre régional tourne le dos à Alma, à sa mairesse, au préfet de la MRC Louis Ouellet, et à toutes les personnes qui attendent mieux que de vagues promesses et des fins de non-recevoir. 

Pour moi, le rôle premier d’un député, c’est de défendre son comté. C’est de porter les demandes de la population qui l’a élu. C’est tenter de convaincre — de toutes ses forces ou à tout le moins au meilleur de ses capacités — les hautes instances du gouvernement de prioriser et de financer les dossiers les plus importants pour son secteur. Or, sur l’autoroute Alma–La Baie, le député caquiste de Lac-Saint-Jean Éric Girard a choisi son camp. Et ce n’est pas celui de ses électeurs.   

Rappel des faits : depuis 50 ans, la construction de l’autoroute Alma-La Baie figure comme la priorité routière numéro un des élus de la région. Depuis tout de temps, ce projet est réclamé pour la sécurité, pour l’économie, pour une meilleure fluidité, pour le développement régional. Il ne reste que le dernier petit bout à construire, quelques kilomètres. Or, selon l’argumentaire du député Girard, en raison des contraintes budgétaires, Québec met un frein au financement de tout nouveau projet routier, dont Alma-La Baie. Première erreur. Il ne s’agit pas d’un « nouveau projet », mais bien d’un chantier qui traine en longueur depuis 50 ans, réalisé au goutte à goutte. Depuis 50 ans, combien d’autres chantiers routiers au Québec ont été achevés en quelques mois, de A à Z ? Autre argument, Éric Girard, maintenant ministre régional, invoque des priorités plus urgentes, comme le bloc opératoire de l’hôpital de Chicoutimi, les travaux à l’hôpital de Jonquière et la situation préoccupante des itinérants. Évidemment, ça parait bien d’invoquer les priorités en santé. Il tente ainsi de s’attirer des appuis et de la sympathie en démontrant sa sensibilité. Mais il s’agit de sa deuxième erreur. Les sommes accordées pour les routes proviennent du budget annuel du Ministère des Transports et de la Mobilité durable, celles pour les hôpitaux du Ministère de la Santé et des Services sociaux. Ce sont deux enveloppes distinctes, avec des programmes distincts. Il n’y a pas de vase communiquant entre les deux. On doit s’occuper de la santé ET des routes. En d’autres termes, l’achèvement du bloc opératoire à Chicoutimi ne nuit pas à la finition d’Alma-La Baie. Ce n’est pas l’un ou l’autre. Bref, on peut marcher et mâcher de la gomme en même temps. En mettant en opposition les dossiers de la santé et ceux des routes, le député de Lac-Saint-Jean, consciemment ou non, mélange tout. Une façon commode de noyer le poisson. 

Ce n’est pas la première fois qu’un député n’est pas en phase avec les volontés de ses commettants. Dans un passé pas si lointain, un autre député de Lac-Saint-Jean, le péquiste Jacques Brassard, qui était même alors ministre des Transports, s’était opposé à l’autoroute du Parc des Laurentides. Le projet s’est fait malgré lui. Heureusement. Aujourd’hui, plus personne ne remet en question sa nécessité.  

Sentant la soupe chaude, Éric Girard a quelque peu changé son discours, rappelant finalement qu’Alma-La Baie demeure une priorité, promettant une étude. Ça ressemble davantage à un faux-fuyant. À sa décharge, il est vrai que les élus locaux ont mis beaucoup trop de temps à s’entendre sur l’option du tracé nord. 

Quoiqu’il en soit, malheureusement, pour l’autoroute Alma-La Baie, Éric Girard laisse son comté sur l’accotement. Il a abdiqué. Sauf que les élections provinciales sont dans quelques mois et, à leur issue, c’est lui qui risque de se retrouver sur la touche. 

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