Le prochain gouvernement du Québec disposera de très peu de marge de manœuvre pour atteindre l’équilibre budgétaire. C’est le constat dressé par une nouvelle étude publiée aujourd’hui par l’Institut du Québec (IDQ).
Selon l’IDQ, sans une gestion rigoureuse des finances publiques, l’accumulation des déficits entraînerait une hausse marquée de la dette, ce qui minerait progressivement la capacité de l’État à maintenir le niveau des services publics. L’organisme estime donc que le Québec se trouve à la croisée des chemins à l’approche de la prochaine élection générale qui aura lieu le 5 octobre prochain.
L’étude de l’IDQ simule deux scénarios. Le premier prévoit le maintien de la trajectoire actuelle vers un retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2029-2030, comme prévu par le gouvernement. Le second envisage un laisser-aller budgétaire où les dépenses évolueraient naturellement en fonction de l’inflation, des coûts de système et de la démographie. Selon l’IDQ, ces deux scénarios illustrent l’éventail des possibilités, allant d’un redressement financier exigeant à un abandon de facto de l’objectif du retour à l’équilibre.
Contrôler les dépenses en contexte électoral
Le gouvernement du Québec s’est engagé à rééquilibrer son budget d’ici 2029-2030, engagement qu’il a renouvelé dans le budget déposé le 18 mars dernier. Or, la trajectoire envisagée pourrait être difficile à maintenir, avertit l’IDQ, surtout dans un contexte préélectoral et économique incertain, où la tentation de repousser cette échéance pourrait s’accentuer.
« Dans le contexte actuel, l'ampleur de l'effort exige une discussion publique transparente sur les choix que cette rigueur imposera. Cette crise forcera le prochain gouvernement, quel qu'il soit, à des décisions difficiles. Il serait important que les formations politiques qui visent à former le prochain gouvernement du Québec précisent leur vision des finances publiques et surtout, les choix qu'ils feront pour assurer une saine gestion des finances publiques. », souligne Emna Braham, présidente-directrice générale de l'IDQ.
Le spectre d’une spirale déficitaire
Si le plan actuel de retour à l’équilibre n’était pas respecté, l’étude de l’IDQ laisse présager que les déficits du Québec pourraient atteindre près de 19,2 milliards de dollars, soit 2,6 % du produit intérieur brut (PIB), d’ici 2030. Une telle trajectoire ferait alors grimper le montant que l’État devra rembourser chaque année à 13,2 milliards de dollars en 2029-2030, ce qui représenterait 7,3 % de ses revenus.
En plus de réduire la marge de manœuvre du gouvernement pour financer les services publics, cette situation rendrait le Québec plus vulnérable à d’éventuelles hausses des taux d’intérêt. L’IDQ précise que ces pressions s’expliquent en grande partie par le vieillissement de la population et la réduction de l’immigration, qui entraînent simultanément une augmentation des dépenses liées aux services aux aînés et une érosion des revenus fiscaux.
Un déficit structurel
L’étude de l’IDQ souligne également l’ampleur de la croissance des dépenses depuis la pandémie de COVID-19. Celles-ci sont passées de 24,4 % du PIB en 2018-2019 à 26,1 % sept ans plus tard. Sans redressement des finances publiques, elles pourraient atteindre 26,9 % du PIB d’ici 2029-2030. À l’inverse, le budget du gouvernement prévoit un retour à 24,3 % à cet horizon.
Toutefois, selon l’IDQ, atteindre cette cible exigerait de limiter la croissance annuelle des dépenses à 1,5 %, un rythme bien inférieur à la croissance naturelle estimée à 3,7 % dans le scénario sans retour à l’équilibre. Ce taux est même inférieur à celui des années 2015 à 2018, période pourtant associée à des politiques d’austérité.
Dans ce contexte, l’IDQ juge illusoire de croire que le retour à l’équilibre budgétaire pourra se faire uniquement par des gains d’efficacité ou de productivité gouvernementale. Une révision rigoureuse des services offerts aux citoyens lui apparaîtrait inévitable.
« Quelles que soient les décisions prises, le prochain gouvernement fera face à un véritable casse-tête politique dont les conséquences seront bien réelles pour les générations futures. », conclut Emna Braham.