Vendredi, 06 février 2026

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Temps de lecture : 4 min 11 s

Fourrière d’Alma

Prendre soin des animaux, une vocation pour Jimmy Maltais et sa fille Gloria

Yohann Harvey Simard
Le 06 février 2026 — Modifié à 18 h 45 min le 05 février 2026
Par Yohann Harvey Simard - Journaliste de l'Initiative de journalisme local

Il est réconfortant de savoir que les animaux confiés à la fourrière municipale d’Alma sont entre d’aussi bonnes mains, les mains aimantes et passionnées de Jimmy Maltais et de sa fille Gloria.

Cela fait 34 ans que Jimmy Maltais ne compte plus ses heures. Presque chaque jour de l’année

, il se rend à son refuge pour animaux dès les premiers rayons du soleil et en repart rarement avant la tombée de la nuit.

« Mes journées commencent à 5 h du matin. C’est comme avoir une ferme », affirme celui qui s’occupe d’à peu près tout à la fourrière : « nourrir les animaux, les laver, en prendre soin, réparer les véhicules, garder les lieux propres, les rénover ».

Mais Jimmy Maltais n’a même pas le loisir de dormir sur ses deux oreilles. Il sait qu’au beau milieu de la nuit, il peut recevoir un appel des policiers qui lui demandent de venir chercher une bête.

« Quand les policiers arrêtent quelqu’un en pleine nuit, par exemple pour de l’alcool au volant, et que cette personne-là a un chien dans son auto, ça leur prend absolument quelqu’un qui vienne chercher le chien. Sinon, ils ne peuvent rien faire. Donc, je me lève, et j’y vais. »

Pour l’amour des animaux

Si Jimmy Maltais réussi à trouver le temps et l’énergie de s’acquitter de toutes ces tâches, c’est bien parce qu’il aime les animaux. Un amour qu’il tient de sa mère et qui l’habite depuis son plus jeune âge. Né d’une famille de huit enfants, il raconte que lui et sa fratrie avaient l’habitude de ramener des animaux blessés ou malades à la maison.

« On pouvait arriver avec un oiseau qui avait une aile brisée. Notre mère le prenait, elle le soignait, elle lui mettait une attelle, puis quand il était guéri, elle le relâchait. D’autres fois, ça pouvait être un écureuil, des bébés canards, n’importe quoi. Je me rappelle qu’un jour, on s’en allait à notre chalet à Labrecque, et on a vu des petits canards dont la mère avait été écrasée. Donc, ma mère leur a fait [aux canetons] un petit enclos près du lac, et quand on retournait en ville, elle les baignait dans un seau d’eau chaque jour, un par un. Elle a fait ça jusqu’à tant qu’ils soient assez gros et qu’ils puissent voler. »

Une question de destin?

Avant de devenir responsable de la fourrière d’Alma, Jimmy Maltais travaillait en forêt. Employé de l’entreprise de son père, il s’occupait d’aménager et d’entretenir les chemins forestiers de la compagnie de pâtes et papiers connue à l’époque sous le nom d’Abitibi-Price. Ce n’est que par un concours de circonstances qu’il a été appelé à reprendre les rênes de la fourrière, administrée par un autre résident de la route du Lac Est jusqu’au tournant des années 90.

« Moi, j’ai toujours eu des chevaux. Le problème, c’est qu’en ville, ça dérangerait les voisins. Donc, je m’étais acheté un terrain sur la route du Lac pour me faire une écurie [aujourd’hui la fourrière d’Alma]. »

De fil en aiguille, Jimmy Maltais se lia d’amitié avec le précédent propriétaire de la fourrière, qui habitait un peu plus loin le long de la route du Lac. Frappé par des problèmes de santé quelques années plus tard, ce dernier demanda éventuellement à Jimmy Maltais de lui donner un coup de main avec les animaux durant ses séjours à l’hôpital.

« Moi, j’avais dit aux policiers [auparavant responsables de la fourrière] que j’allais les dépanner. Après quelques semaines, je leur ai demandé s’il avait trouvé un remplaçant, et ils m’ont “oui”. Donc là, je leur ai demandé quand il allait commencer, et ils m’ont répondu qu’il avait déjà commencé parce que c’était moi [le remplaçant]! », se souvient en riant Jimmy Maltais, qui a en quelque sorte accepté son sort, un sort auquel il était vraisemblablement destiné.

De père en fille

Elle aussi en contact avec les animaux depuis qu’elle est « en poussette », Gloria Maltais a rapidement développé un amour pour ses amis poilus. Au moment de faire son choix de carrière, il fut toutefois important pour la jeune femme de déterminer si son désir de rejoindre son père à la fourrière provenait véritablement d’elle ou bien s’il ne dérivait pas plutôt d’une influence contextuelle.

« Quand j’ai eu 18 ans, dit-elle, j’ai essayé de m’éloigner [de la fourrière] pour voir si je m’en ennuyais. Je me suis inscrite dans un baccalauréat en administration des affaires, et j’ai commencé chez Desjardins. Après quelques mois, j’ai décidé de tout arrêter et je suis revenue à la fourrière. Mon père n’était pas content parce qu’il sait à quel point c’est demandant. Il voulait d’autre chose pour moi, alors il ne m’a pas rendu ça facile. Il voulait vraiment que je réalise ce que c’était, ce travail-là. »

Gloria Maltais aidera son père au refuge durant toute sa vingtaine, après quoi, à ses trente ans, elle décida de retenter le coup dans une tierce profession.

« De 2023 à 2024, je suis rentrée pour l’Agence du revenu du Canada. Je voulais encore vérifier si c’était parce que je baignais là-dedans depuis longtemps que je voulais ça ou si c’était vraiment ce que je voulais. Mais un an plus tard, même si j’étais parmi les plus performantes, je n’ai pas fait renouveler mon contrat. Je ne me voyais pas faire ma vie comme ça, derrière un bureau. »

C’est ainsi qu’en 2025, Gloria Maltais retourna prendre soin des animaux aux côtés de son père. Depuis, elle a également terminé un certificat en production animale et un autre en management.

« Ici [à la fourrière], je vois que je fais quelque chose d’utile, quelque chose de bien pour la communauté, et c’est très important pour moi de me sentir utile. Chez Desjardins, oui, je travaillais, mais est-ce que je me sentais vraiment utile? Peut-être que je l’étais, mais pas selon mes valeurs. Après ça, à l’Agence du revenu, j’ai fini par me dire “non, je ne me sens vraiment pas utile”. »

Aujourd’hui, Gloria Maltais en est certaine : elle est à sa place. La fourrière, c’est chez elle, et il y a fort à parier qu’elle en reprenne le flambeau un jour.

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