Les mois de janvier et de février, du fait qu’ils suivent les dépenses des Fêtes, ont longtemps été caractérisés par une précarité financière accrue pour plusieurs ménages. Le phénomène est toutefois moins marqué qu’auparavant alors qu’un nombre croissant de ménages doit composer avec un endettement problématique tout au long de l’année.
En effet, nous apprend Joanie Lajoie, directrice générale du Service Budgétaire LSJE, les mois post-temps des Fêtes ressemblent de plus en plus à des mois « normaux » pour plusieurs individus. « Avant, dit-elle, c’est vrai qu’on avait des gens qui venaient nous voir parce qu’après Noël, ils avaient des petites surprises qui débalançaient leur budget. Mais maintenant, les gens qui seraient venus nous voir juste après le temps des Fêtes, ils viennent nous voir à l’année. »
Ce constat dépasse par ailleurs les frontières de Lac-Saint-Jean-Est précise Joanie Lajoie, qui affirme avoir régulièrement « des réunions avec la direction des services budgétaires de partout dans la province, et tout le monde voit la même chose ».
Surconsommation
L’endettement croissant des ménages n’est pas seulement lié au contexte économique actuel. Selon Joanie Lajoie, c’est également une question de culture, celle de la consommation nord-américaine, qui incite de nombreuses personnes à consommer au-delà de leurs moyens.
« La société de consommation nous a appris à consommer sans limites. Et ça, pour nous, présentement, c’est un gros problème. »
Joanie Lajoie donne l’exemple des autos neuves ou récentes dont les gens font parfois l’acquisition à la 2e ou à la 3e chance au crédit.
« Les gens ont banalisé le fait d’avoir un paiement d’auto. Oui, c’est normal d’avoir des paiements d’auto. Mais est-ce normal d’en avoir toute sa vie et que ça nous stresse quand on va faire l’épicerie? Ne serait-on parfois pas mieux d’avoir une auto un peu moins récente? Ça fait partie des questions qu’on doit souvent amener les gens à se poser. »
Joanie Lajoie indique que la surconsommation de plusieurs personnes découle entre autres du fait qu’elles se comparent systématiquement aux autres pour évaluer leur niveau de vie. Or, rappelle-t-elle : « notre voisin a peut-être plus de moyens que nous, ou lui aussi, il est peut-être surendetté. »
Une économie défavorable
Les paramètres économiques actuels, moins favorables qu’ils ne l’ont déjà été, demeurent néanmoins une variable non négligeable dans l’aggravation de la précarité des ménages. À ce titre, Joanie Lajoie laisse entendre que le pouvoir d’achat d’aujourd’hui semble inférieur à celui d’il y a quelques années et qu’il faut s’y adapter.
« En 2018, illustre-t-elle, on voyait des annonces de Honda Civic à 48 $ par semaine. Ça, ça n’existe plus, et 48 $ par semaine, ce n’est pas la même chose que 150 $ par semaine. »
Et l’inflation ne touche pas seulement les véhicules. Sans parler de l’épicerie, le poste de dépense que constitue le logement a lui aussi augmenté très rapidement. « Il n’y a pas si longtemps, quand on essayait de trouver des solutions budgétaires pour nos demandeurs, on pouvait regarder le logement et essayer d’en trouver un moins cher. Maintenant, ce n’est plus possible. Il n’y a à peu près pas de logements, et ils sont tous chers. »
Rembourser le crédit à crédit
Selon Joanie Lajoie, l’endettement croissant peut prendre la forme d’un cercle vicieux dans lequel les ménages essaient de rembourser leur crédit en contractant davantage de prêts, ce qui est l’une de principales choses à éviter pour assainir ses finances.
« Ce n’est plus rare de voir des personnes dont le crédit fait une page. Ils ont trois cartes de crédit, plusieurs prêts personnels faits auprès de leur institution financière, mais aussi plusieurs autres qu’ils ont faits auprès de prêteurs en ligne, et ça, ce sont des prêts qui ont la plupart du temps des taux d’intérêt exorbitants en plus d’avoir de frais cachés. Les gens n’arrivent jamais à s’en sortir en faisant ça. »
Joanie Lajoie conclut en soulignant que la meilleure façon d’éviter le surendettement restera toujours d’avoir une idée juste de nos revenus mensuels et de dépenser en conséquent.