Tenir une fourrière, c’est naviguer entre beaux et moins beaux moments. Autant, un jour, peut-on s’émouvoir à la vue d’un chien abandonné qui retrouve sa fougue, que le jour suivant, être déchiré à la découverte des conditions abominables dans lesquelles devaient vivre une ou plusieurs bêtes.
C’est ce dont témoignent les récits de Jimmy Maltais et de sa fille Gloria, responsables de la Fourrière municipale d’Alma. « C’est sûr que des affaires qui n’ont pas de bon sens, on en voit beaucoup », admet Jimmy Maltais.
Il faut savoir que les fourrières municipales sont en quelque sorte les premiers répondants lors de signalements de maltraitance ou de négligence animale. À ce titre, Jimmy Maltais a eu droit à son lot d’histoires d’horreur.
« Des maisons où il y a une dizaine de chats et aucune litière, dit-il, j’en ai vues. On le sait tout de suite à l’odeur. »
« Juste avant-hier, renchérit Gloria Maltais, on a eu une famille qui est entrée dans le logement d’un jeune homme, et il fallait porter un masque [en raison de l’odeur]. La petite chatte, elle n’était plus capable d’aller dans sa litière tellement c’était rempli. D’ailleurs, la petite chatte, ils ne savent pas vraiment ce qu’elle mangeait… »
Outre la négligence, les cas de violence envers les animaux sont encore trop nombreux, déplore Jimmy Maltais. Il donne l’exemple du petit poméranien qu’il avait dans les bras lors de son entrevue avec le journal Le Lac-St-Jean.
« On l’a eu d’une madame qui s’est fait un chum, et le bonhomme était toujours à grands coups de pied dedans. Elle a fini par nous le donner. Au début, il était très craintif et il jappait beaucoup. Mais ce petit chien-là, il est gentil comme tout, ce n’était pas de sa faute, c’est à cause de ce qu’il a vécu qu’il était comme ça », insiste Jimmy Maltais, précisant que c’est toujours le cas. « Les animaux, ils ne sont jamais méchants de nature, ce sont les maîtres qui les rendent méchants. »
Offrir une seconde chance aux animaux
Jimmy Maltais explique qu’une partie de sa paie réside dans le fait de voir des animaux, parfois mourants à leur arrivée, tranquillement reprendre vie.
« Parfois, on reçoit des animaux qui n’ont plus que la peau sur les eaux, et pour moi, le plus grand cadeau, c’est quand deux mois plus tard, je les vois en pleine forme. »
Notamment dans le cas des chiens, Jimmy Maltais ajoute que son travail consiste aussi à sécuriser les bêtes de sorte qu’elles perdent leurs mauvais plis. « Un jour, il y a un gars qui est entré ici avec un gros berger allemand parce qu’il ne savait plus quoi faire avec. Il disait qu’il était trop malin, qu’il mordait. Mais juste à voir comment il le contrôlait avec sa laisse, je savais qu’il était rough avec son chien. Il [le maître] ne voulait même pas me laisser le prendre [le chien] parce qu’il avait peur qu’il me mordre. Ça a pris 30 secondes et le chien était sur moi. Il était calme comme tout. On était déjà amis. Et ça, c’est juste parce que je l’ai abordé calmement, avec douceur. »
Progrès dans les mentalités
Sur une note plus positive, une conscientisation s’est opérée vis-à-vis du bien-être animal depuis une quinzaine d’années. « On dirait qu’il y a une plus grande sensibilité au Québec. Les mentalités ont changé, les gens ont plus de compassion », note Gloria Maltais.
Cela se traduit notamment par un taux supérieur d’adoptions. « Avant, indique Jimmy Maltais, on devait surtout apporter nos animaux en Ontario pour les faire adopter. Ici, les gens n’étaient portés à prendre des animaux de seconde chance, alors que maintenant, on réussit à placer à peu près tous nos animaux directement ici. »
Qui plus est, le nombre d’animaux abandonnés a graduellement diminué au courant des 15 dernières années pour se stabiliser à environ 300 à 400 bêtes par année. « Il y a une époque où j’en recevais beaucoup plus que ça », affirme Jimmy Maltais, sans toutefois pouvoir chiffrer la baisse.
Ce qui n’a jamais changé, c’est la surreprésentation des chats parmi les animaux hébergés à la Fourrière d’Alma. « On a toujours plus de chats que de chiens, entre autres parce que les chats se reproduisent rapidement. » Gloria Maltais ajoute avoir constaté que certains propriétaires de chats tendent à être moins engagés vis-à-vis de leurs animaux.
Bien qu’elle soit surtout peuplée de chats et de chiens, rappelons que la Fourrière d’Alma est ouverte à tous les animaux.
N’adopte pas qui veut
Par ailleurs, afin de garantir le bien-être des animaux, Jimmy Maltais et sa fille ont développé différentes méthodes pour évaluer l’aptitude des familles d’adoption. Par exemple, indique Gloria Maltais, « on va toujours poser beaucoup de questions, parfois à double sens, pour essayer de voir si la personne va bien prendre soin de l’animal. »
Lorsqu’un demandeur semble inapte, la Fourrière d’Alma se réserve le droit de lui refuser l’adoption. Dans certains cas, on tentera également d’orienter les demandeurs vers un choix d’animal plus approprié. Jimmy Maltais donne l’exemple d’une dame qui souhaitait adopter un chien adulte alors qu’elle avait un bébé dans les bras. « Moi, je sais que ce chien-là, il a un vécu. Mais le bébé, lui, il ne le sait pas, il va tout de suite s’en aller dans la face du chien. Et le chien, lui, eh bien, il va penser que cette une menace. Donc, dans ce temps-là, je vais essayer de recommander un plus petit chien ou je vais même dire à la madame d’attendre que son bébé grandisse avant d’adopter. »