Chroniques

Temps de lecture : 2 min 49 s

Cote R

Le 12 octobre 2022 — Modifié à 11 h 48 min le 17 avril 2023
Par Diane Lemieux

Je m’appelle ­Marie-Michèle, j’ai 18 ans, et je suis finissante en sciences de la nature. Après 2 ans de dur labeur, je pourrai enfin aller à l’université et étudier pour faire la profession de mes rêves, optométriste.

Ça, c’est si je réussis à taire la petite voix dans ma tête qui me dit que je ne suis bonne à rien et que je n’y arriverai pas. Mais pourquoi n’y ­arriverais-je pas ? J’ai toujours eu de la facilité à l’école, j’ai toujours été première de classe, alors pourquoi ­est-ce que je croirais cette voix ?

Bien que l’explication soit beaucoup plus compliquée, j’ai la certitude que la cote de rendement au collégial contribue à l’apparition de plusieurs problèmes chez les jeunes de 16 à 20 ans. Tout d’abord, la cote R est l’un des critères des programmes universitaires contingentés pour faire la sélection des étudiants.

Par exemple, pour l’optométrie, la cote du dernier étudiant entré en 2022 est de 35,196 . Pour ceux qui se demandent, la moyenne des cotes R des étudiants qui ont été admis à l’université à l’automne 2020 est de 29,19 , ce qui est assez éloigné des cotes exigées par les programmes contingentés. En effet, il est extrêmement difficile d’obtenir des cotes aussi élevées, en voilà la preuve.

Je rêve de devenir optométriste depuis mon secondaire 2. Je n’ai même jamais ressenti le besoin de regarder plus loin pour trouver autre chose, jusqu’à ce que je comprenne ce que ce choix signifiait. En fait, ce choix signifiait de sacrifier 2 ans de ma vie pour ne penser qu’à une chose, performer. J’ai même dû sacrifier la pratique de mon sport préféré, l’équitation.

« ­Le cégep, ce sont les plus belles années de ta vie tu vas voir ! » ­Ceux qui m’avaient dit ça n’avaient probablement pas besoin d’avoir une cote R de plus de 35 ! ­En effet, ma vie au collège se résume à : aller à mes cours, faire des devoirs aussitôt que j’ai 10 minutes de libres, travailler un nombre d’heures vraiment trop bas pour ce que ma vie me coûte (et essayer de consacrer un minimum de temps à ma vie amoureuse entre deux devoirs et deux crises de nerfs.

Vous ne l’aurez ­peut-être pas remarqué, mais ce mode de vie n’inclut pas de sorties avec des amies. Il n’inclut pas non plus de passer du temps avec ma famille. Voici deux autres choses que j’ai dû sacrifier pour avoir une bonne cote R.

Maintenant, qu’en ­est-il de ma santé mentale ? ­Mes proches peuvent en témoigner, sautes d’humeur, mauvaise humeur générale, épisodes dépressifs, manque d’estime, insomnie, tout cela fait un mélange plutôt explosif. Cercle vicieux causé en entièreté par mon anxiété de performance.

Heureusement pour moi, je ne souffrais d’aucun trouble avant mon entrée au cégep. Ajoutez ce cocktail à quelqu’un qui souffrait déjà d’anxiété ou de dépression avant, et vous obtiendrez probablement des crises de panique et des pensées suicidaires.

En fait, j’ai toujours aimé l’école, jusqu’à ce que cette anxiété vienne consumer ce qu’il me restait de plaisir. J’envie ceux qui peuvent se permettre de passer une fin de semaine à ne pas faire de devoirs. Après tant d’efforts fournis et de larmes versées, je réussis à terminer ma 2e session avec une cote R de 34.81, soit de 0,39 plus basse que celle pour aller en optométrie. Si près du but, je dois maintenant penser à l’impensable, trouver un plan B, voir même un plan C.

1 Doctorat de 1er cycle en optométrie - Université de Montréal - Guide d’admission (umontreal.ca)
2 Palmarès des programmes universitaires | Ce que la cote R nous dévoile | La Presse
 

Moi qui n’ai jamais eu aucune autre idée de ce que je voulais faire de ma vie, je dois maintenant trouver deux autres professions qui me plairaient presque autant. ­Avez-vous déjà vécu la douleur de voir un rêve se faire briser ? C’est toutes les certitudes qui s’effondrent pour ne laisser qu’un amer sentiment d’échec et de déception. Ne vous inquiétez pas pour moi, j’ai heureusement des proches qui sont là pour me soutenir dans ce combat.

Je croise les doigts pour être parmi les 48 étudiants en optométrie de 2023…

 

Marie-Michèle, finissante en sciences de la nature

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