Chroniques

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Le froid dans l’angle mort

Le 08 janvier 2026 — Modifié à 11 h 15 min
Par Stéphanie Gagnon

J’ai passé quelques jours au centre-ville de Montréal pendant les fêtes. Maudit que le froid de cette ville me rentre dedans. L’humidité avec le fleuve juste à coté, ça rend ça pas mal moins tolérable que le frette sec du haut du lac.

Bref, j’ai gelé et j’avais hâte de retrouver la chaleur de la chambre d’hôtel.

Et je me suis vraiment sentie comme une merde de rêver de ce confort parce qu’en à peine quelques coins, j’ai croisé des gens, beaucoup trop, en psychose. Des personnes qui parlent ou crient toutes seules, d’autres qui semblent déconnectées de tout et qui errent, complètement perdues.

Aucune idée d’où ces gens vont dormir. Et le froid dont je me suis plainte m’a fait encore plus mal parce que le mien est temporaire. Pour eux, c’est une condition.

Quand on repense aux grandes institutions psychiatriques québécoises des années 60, on se rappelle que c’était des lieux d’exclusion, de maltraitance et que c’est pour ça que la désinstitutionnalisation s’est amorcée. On a reconnu que les « malades mentaux » étaient des humains et avaient des droits, que l’enfermement dans les conditions dégueulasses de l’époque c’était indéfendable. Ça a été une prise de conscience entièrement nécessaire.

Fini, les asiles. On a fermé des lits, écourté les hospitalisations…Mais cinquante ans plus tard, est-ce que les soins dans la communauté ont suivi?

Tsé, une bonne décision, prise dans un contexte précis, ça ne garantit pas que les effets seront bénéfiques pour toujours. On le voit aujourd’hui que de plus en plus de cas glissent entre les mailles du filet. Et le filet, on dirait qu’il est rendu lousse pas mal.

L’itinérance est un problème majeur. Je vous parle de ce que j’ai vu à Montréal parce que c’est la vitrine la plus visible du phénomène, mais on sait qu’il s’étend jusqu’à Dolbeau, Alma ou Saguenay.

Est-ce vraiment de la liberté quand la maladie mentale empêche de planifier, de juger ou même de demander de l’aide? C’est plus humain de laisser quelqu’un en psychose affronter l’hiver québécois que de lui offrir un endroit structuré et sécurisant?

C’est tellement complexe. J’ai énormément de compassion, je suis loin d’être une intervenante et j’ai des préjugés, des peurs, j’ouvrirai pas ma maison à un itinérant sur un coup de tête… Mais ne pourrait-on pas envisager des solutions applicables à grande échelle qui ne dépendent pas de la bonne volonté d’un passant qui laisse 5$ dans un le verre à café d’un quêteux?

On ne veut pas reproduire les excès du passé (une maudite chance) mais parallèlement, on a créé une autre forme de violence. On a déplacé la souffrance hors des murs. Et elle est restée là. C’est socialement plus acceptable ?

Jamais je voudrais voir le retour des asiles de 1960, mais refuser au nom de ce traumatisme social toute forme d’institutionnalisation repensée, encadrée, temporaire, respectueuse des droits, me semble que c’est un peu de l’aveuglement collectif. Les connaissances ont évolué depuis le temps, le cadre juridique, nos modèles de soins…

Il va être temps d’envisager le futur, parce que le passé comme le présent dans ce domaine là, ça fonctionne pas pantoute. Et y’est loin d’avoir fini de faire frette.

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