Chroniques

Temps de lecture : 3 min 17 s

Saguenay en lunettes roses

Roger Lemay
Le 29 janvier 2026 — Modifié à 12 h 29 min le 28 janvier 2026
Par Roger Lemay - Rédacteur en chef

Alors comme ça la joie est revenue à l’hôtel de ville de Saguenay ? Les langues se délient, les gens recommencent à se parler librement, sans menace ni contrainte ? Les chicanes sont choses du passé ? C’est l’ère de la transparence et de la réconciliation ? Le maire Luc Boivin file le parfait bonheur avec ses conseillers, ses employés et la population ? Tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil ? Eh bien tant mieux ! Sérieux, il était temps. C’est vrai que ça fait du bien. C’est rafraîchissant. Mais viendra le temps où, tôt ou tard, des décisions feront mal et créeront des divergences et des complaintes, c’est inévitable. Comme dans toute relation, si belle et passionnée soit-elle au début, la raison fera place à la passion.

Attention, loin de moi l’idée d’être rabat-joie, de casser le party. Je suis le premier à saluer le retour d’une bonne ambiance au sein de l’administration municipale, caractérisée par la bienveillance, la collaboration et le respect. L’optimisme a remplacé le cynisme, la camaraderie a supplanté l’affrontement, beaucoup en raison du nouveau leadership de Luc Boivin. Le seul mandat de Julie Dufour, un mandat de trop, est bel et bien terminé. Fini l’hôtel de ville aux allures de bunker où régnait le froid et la méfiance. C’est derrière nous.

En fait nous sommes tellement heureux qu’on en oublie qu’on s’est fait passer toute une pilule avec l’augmentation de la charge fiscale. C’est quand même 4,95 % d’augmentation pour une seule année, la plus importante de la province. C’est comme si on n’avait pas voulu la voir, trop content de pouvoir donner sa chance au nouveau conseil. Mais les propriétaires s’en rendront compte quand ils recevront leur facture, c’est une bonne claque. Luc Boivin plaidera sans doute qu’il fallait redresser la barre après le passage pour le moins désastreux de l’ex-mairesse Julie Dufour. L’argument est tentant. Mais il a ses limites. On dit de Luc Boivin qu’il fut le dauphin de Jean Tremblay. Or, l’ancien maire, qu’on l’aime ou non, avait un réflexe aujourd’hui disparu de l’hôtel de ville : demander à ses chefs de service de faire des économies. De couper dans le gras. De trouver des solutions. Bref, de faire de la gestion serrée avant de tendre la main vers les poches déjà vides des contribuables, malmenés par une inflation galopante qui n’a rien de théorique quand on paie l’épicerie.

Luc Boivin dit ne pas trop s’inquiéter de la dette à long terme. Pourtant elle était de 430 millions $ en 2017 et frisera les 740 millions $ au terme de cette nouvelle année budgétaire. C’est trois-quarts de milliard de dollars pour une ville de 153 000 habitants. Trois-quarts de milliard ! Elle grimpera encore à 823 millions $ en 2028. J’ai déjà fait la démonstration l’an dernier dans cette colonne, appuyé par un comptable expert en administration municipale, que Saguenay était bien plus endettée que les villes avec lesquelles on aime la comparer, Trois-Rivières et Sherbrooke, en ratio, au prorata et en dollars absolus. Rien qu’en remboursement cette année, c’est 85 millions qui partiront en capital et intérêt sur les emprunts. Une telle dette, ça plombe les investissements et les services. Et dire que pas plus tard que l’an dernier, dans sa peau de chroniqueur, Luc Boivin parlait d’un manque total de contrôle des dépenses en analysant le budget 2025.

Il y a d’autres mesures qui sont passées comme dans du beurre sans trop de questionnement. Exemple ? La nomination de trois nouveaux attachés politiques, un pour chaque arrondissement. Apparemment ils sont nécessaires pour accompagner les conseillers dans leur communication et leur suivi de dossiers. Vraiment ? Comme si les conseillers avaient des agendas de ministres… Autre solution dont je doute de l’efficacité : réglementer pour transformer des garages en lofts ne réglera pas durablement la pénurie. Saguenay a besoin d’une véritable stratégie en habitation, pas d’un pansement sur une fracture ouverte.

Mais je vous ai mentionné ne pas vouloir jouer au trouble-fête, alors terminons par les bons coups. Bravo pour ce qu’on a qualifié de rencontres de réconciliation, notamment avec l’ancienne mairesse Josée Néron et l’ex-greffière Caroline Dion, celle-ci qui fut cavalièrement et illégalement congédiée. J’ai aussi observé que le maire avait effectué des rencontres avec les membres des premières nations et le député Richard Martel. Reste à s’allier avec le ou la prochain(e) député(e) de Chicoutimi, pour nous faire oublier la glaciale relation Dufour-Laforest.

Actuellement, l’administration Boivin vit sa lune de miel. On sent bien qu’elle jouit de la sympathie de la population et il est tentant de verser dans la complaisance. Mais ne soyons pas trop dupes ni naïfs. Viendra bien le temps où il faudra cesser de regarder la ville avec des lunettes roses.

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