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École secondaire des Grandes-Rivières

L’enseignante Maryam Dziri ouvre une fenêtre sur le monde

Le 28 mai 2026 — Modifié à 08 h 00 min
Par Emmanuelle LeBlond - Journaliste

La classe de Maryam Dziri ne ressemble à aucune autre à l’école secondaire des Grandes‑Rivières. Cette enseignante de français offre à ses élèves bien plus qu’un simple cours : elle leur ouvre une véritable fenêtre sur le monde. Portrait d’une femme qui a tout quitté pour reconstruire sa vie à Dolbeau‑Mistassini et qui, chaque jour, transforme celle des jeunes qu’elle accompagne.

Maryam Dziri est née en Tunisie, dans la région de Gabès, au sud du pays, où le soleil et la Méditerranée façonnent le quotidien. Le français y occupe une place importante : c’est la deuxième langue officielle. « Dans ma famille, c’est presque ma langue maternelle. On m’a appris le français et l’arabe en même temps. J’ai parlé français avant même de prononcer mes premiers mots en arabe », raconte-t‑elle.

Cette proximité avec la langue française ne l’a jamais quittée. Très tôt, une autre passion s’est imposée, celle de l’enseignement. « Depuis toute petite, je savais que je voulais faire ça. J’aimais la langue, la littérature et la civilisation. C’était mon coup de cœur. Sincèrement, je ne pensais pas en faire un métier, mais c’était déjà là. »

Dans sa famille, l’enseignement est presque une tradition. Sa mère, son grand‑père et ses cousines ont tous suivi cette voie. Maryam a choisi, elle aussi, d’écouter son instinct. Elle a consacré sept années à ses études universitaires, au cours desquelles elle a obtenu deux licences ainsi qu’un master.

« J’ai enseigné à partir de 22 ans. J’ai commencé à l’Institut français de la Tunisie, avant même d’avoir mes certifications. À 24 ans, j’ai eu ma certification officielle. J’ai commencé à enseigner dans le secteur étatique au secondaire. Mes dernières années d’enseignement étaient dans une université. »

Ouvrir ses horizons

Avec son mari et leur bébé, Maryam ressentait le besoin de découvrir autre chose, de quitter la Tunisie pour « voir comment l’herbe pousse ailleurs ». « On s’est demandé si on restait en Tunisie, bien payés et heureux, ou si on tentait l’aventure. On s’est dit : allons‑y, on est encore jeunes. »

Déterminée, l’enseignante a envoyé des candidatures un peu partout et multiplié les rencontres. Après six mois de démarches, deux offres se sont présentées à elle.  L’une pour un poste dans une école secondaire à Dubaï; l’autre au Québec, au Centre de services scolaire du Pays‑des‑Bleuets, à Dolbeau-Mistassini.

« C’est difficile choisir. Je voyais mon fils grandir. Je voulais lui offrir le meilleur. J’ai fait plusieurs recherches. L’éducation au Québec est bien vue dans le monde. J’ai été charmée par sa réputation », affirme-t-elle.

Selon elle, ici, l’enfant occupe véritablement une place centrale au cœur du système éducatif québécois, ce qui a fait pencher la balance.

La petite famille a donc décidé de faire le grand saut. Maryam a accepté un poste d’enseignante à l’école secondaire des Grandes‑Rivières.

Un nouveau départ

Quitter sa famille, ses proches, ses amis n’a pas été simple pour Maryam. Elle a dû laisser derrière elle tout ce qu’elle avait construit. Mais elle savait qu’un avenir meilleur l’attendait au Québec. Et elle ne s’était pas trompée.

À Dolbeau-Mistassini, elle devait recommencer à zéro. La famille a rapidement été prise en charge par le milieu. « C’était un vrai saut en parachute et le centre de services scolaire était mon parachute. »

Elle est arrivée deux jours avant de commencer son nouvel emploi. « Je suis arrivée samedi, je me suis reposée dimanche, le lundi j’étais au travail. J’étais vraiment excitée de voir comment ça marche, de rencontrer des gens, de faire de nouvelles rencontres. »

Maryam se rappellera longtemps sa première année au Québec. Elle a participé à plusieurs activités pour s’intégrer à la communauté scolaire.

Le meilleur des deux mondes

Maryam observe que la Tunisie et le Québec portent des visions différentes de l’éducation. En Tunisie, dit‑elle, l’accent est mis sur le travail, le respect, l’assiduité et la performance. Au Québec, l’approche mise davantage sur la relation entre l’enseignant et l’élève, l’ouverture et une plus grande flexibilité pédagogique.

À travers son enseignement, Maryam souhaite tirer le meilleur des deux mondes. « Je vise l’excellence, ce que j’ai appris chez moi, j’essaie que tout le monde réussisse pour que des élèves ne traînent pas derrière », souligne-t-elle.

À travers tout ça, l’enseignante offre à ses élèves un regard tourné vers le monde.

« Rien que ma présence en classe, je représente l’ailleurs pour les élèves. Ils sont curieux. Ils veulent savoir. Ils posent des questions. C’est là que je leur ouvre ma petite fenêtre et je leur parle. »

Tisser des liens de la sorte avec ses élèves demeure pour elle la plus belle des réussites. « Notre richesse réside dans notre différence. C’est important d’accepter l’autre, accepter les cultures et accepter les accents différents. »

Actuellement, Maryam a deux classes en troisième secondaire et en quatrième secondaire. Elle rêve de pouvoir rester ici, construire sa nouvelle vie.

« On aimerait avoir notre résidence, rester ici. On veut avoir notre nationalité. On n’est pas venu ici pour un an ou deux ans. On n’a pas fait tout ce chemin pour repartir. On veut vraiment s’installer. »

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