Ce n’est plus une rumeur, c’est confirmé : la bannière Maxi, par l’entremise de notre collègue Jean Tremblay, a confirmé son intention d'implanter un supermarché « nouveau genre » à Saint-Félicien. En 2026, le géant Loblaw, propriétaire de Maxi, prévoit l’ouverture de 15 succursales au Québec. Tandis que les géants de l’alimentation étendent leur empire, les petits commerces luttent pour leur survie, comme l'ont tristement vécu les citoyens de La Doré, Chambord, Lac-Bouchette et Saint-Gédéon, qui n’ont plus d’épiceries. Parallèlement, l’autre géant, Super C, lorgne Roberval, où la ville s'apprête à lancer les travaux de la bordure lacustre pour satisfaire les promoteurs.
À première vue, l’annonce semble réjouissante : le commerce attire le commerce. Soyons justes, la concurrence exerce toujours une pression à la baisse sur les prix et offre davantage de choix aux consommateurs. Le vrai promoteur est le Groupe Oktodev de Montréal, très actif partout au Québec depuis 2018. L’entreprise souhaite acquérir le dernier terrain commercial de la municipalité pour son client Loblaw. Comme le Maxi n’occuperait qu’une fraction de cet espace, le promoteur devra dénicher d’autres enseignes. C'est donc une opportunité pour l’arrivée de nouveaux commerces dans la cité félicinoise. Cependant, si les citoyens de Saint-Félicien réclament davantage de boutiques, de restaurants ou une autre quincaillerie, ont-ils pour autant demandé une troisième épicerie ?
Une analyse plus fine soulève des questions cruciales. Trois supermarchés peuvent-ils réellement cohabiter dans un bassin de 10 000 habitants sans s’entredéchirer ? Un géant comme Maxi sera-t-il aussi généreux et impliqué auprès des organismes locaux que nos marchands actuels ? Nos producteurs régionaux y trouveront-ils une place sur les tablettes ? Et surtout, est-ce que cette nouvelle offre freinera réellement l'exode vers les Costco, Walmart et Canadian Tire, ou les livraisons quotidiennes d'Amazon ?
Le conseil municipal de Saint-Félicien devra trancher sur la vente de ce terrain stratégique d'ici quelques semaines. Ce sera sans doute la décision la plus déchirante de son mandat. Si la vente est approuvée, la Ville risque de s’aliéner les commerçants locaux, piliers de notre économie. Si, au contraire, elle refuse de vendre, une partie de la population y verra une ingérence freinant la concurrence.
Est-ce le rôle d’un conseil municipal de réguler le développement commercial ou doit-il s'en remettre au libre marché ? Rappelons-nous l'époque des commissaires industriels, où l’implantation d'entreprises reposait sur des études de marché rigoureuses et sur une planification stratégique. On ne solliciterait pas aujourd'hui une bannière alimentaire alors que deux épiceries de qualité desservent déjà la municipalité. Lorsque l’ancien maire Gilles Potvin a mis ce terrain en vente, il avait certainement établi des critères pour enrichir l'offre commerciale locale, et non la saturer.
La municipalité a le devoir de ne pas être une simple spectatrice du libre marché, mais bien l’architecte d’un développement stratégique, harmonieux et réfléchi. Saint-Félicien a besoin d’une vision commerciale audacieuse, pas seulement d’une enseigne de plus sur un terrain vague.
Bonne réflexion aux élus !