Le photographe originaire d’Alma Marc Bergeron donne un visage aux femmes colombiennes victimes d’attaques aux agents chimiques dans sa nouvelle exposition Les Courageuses – Las Valientes, présentée à L’Espace Quatre Cents de Québec jusqu’au 17 décembre.
Photographe de guerre retraité des Forces armées canadiennes, c’est à son compte qu’entre 2019 et 2024, Marc Bergeron s’est envolé à six reprises pour la Colombie afin de documenter le fléau particulièrement morbide. « Bon an, mal an, dit-il, depuis 2004, il y a plus de mille femmes qui sont se faites attaquées aux agents chimiques. »
Ces crimes haineux relèvent la plupart du temps d’un acte de vengeance commis par d’ex-conjoints. Pour les agresseurs, le but de l’attaque est aussi simple que tordu : défigurer les femmes qui les ont laissés. « C’est juste pour leur faire du mal, pour s’assurer que personne ne veuille plus jamais être avec elles. »
Marc Bergeron a illustré le cas de 14 femmes dans son photoreportage présenté à L’Espace Quatre Cents. Chaque photo est assortie d’un témoignage. L’exposition n’aurait pas été possible sans le soutien de la Maison de la photo de Québec.
Dénoncer l’horreur
Se décrivant comme quelqu’un qui « déteste la violence », le photographe a décidé de jeter son dévolu à la cause de la violence faite aux femmes en Colombie. Un phénomène auquel il a été sensibilisé alors qu’il réalisait un photoreportage sur la danse à Bogota, capitale de la Colombie.
« Le but de ce photoreportage, dit-il, c’est de montrer les atrocités et les douleurs éprouvées par des femmes qui ont subi ces attaques lâches, sauvages et misogynes au moyen d’agents chimiques. Mais je veux aussi montrer comment grâce à leur force de caractère, leur courage, leur résilience et avec l'aide de la 'Fondation Sergio y Alexandra Rada', elles réussissent à s'en sortir et à devenir encore plus belles et plus fortes qu'avant, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
Le photographe ajoute que son désir d’exposer et de décrier la violence faite aux femmes colombiennes vient également du fait qu’il se reconnaît en elles.
« Ces femmes-là et moi, nous avons le point commun d’avoir un syndrome de choc post-traumatique, et on se rejoint tous sur le même thème: la résilience. Donc, pour moi, c’était important de montrer ce que ces femmes-là ont vécu, par quoi elles ont passé, parce qu’il faut savoir qu’après ces attaques-là, il n’y a plus personne qui veut leur parler, elles deviennent rejetées par la société. »
Pour rendre justice
Par ailleurs, Marc Bergeron soutient que le système de justice colombien n’accorde que très peu d’importance à ce type de crimes. « Ils ne veulent pas toucher à ça du tout… À moins que la victime soit très fortunée, les femmes n’obtiennent à peu près jamais justice. »
Pour illustrer son propos, le photographe relate le cas d’une jeune femme de 22 ans. « Son ex-mari était sur la brosse dans son appartement [de la jeune femme] avec deux de ses amis, et à un moment donné, elle a demandé à son ex-mari de faire la vaisselle en disant qu’elle devait aller se coucher étant donné qu’elle travaillait le lendemain. Son ex l’a aspergée d’essence et l’a mise en feu. Quand elle était en feu, son ex-mari l’a mise dans la douche, mais il n’a pas ouvert l’eau, c’est elle qui l’a ouvert. Elle a survécu, et quand ils sont allés en cour, le tribunal a conclu que l’ex-mari lui avait sauvé la vie en la mettant dans la douche et il a été acquitté… »
Marc Bergeron rappelle que la Colombie demeure encore aujourd’hui une société « très machiste ».
En territoires dangereux
Afin de capturer les clichés des 14 femmes qui ont accepté de participer à son photoreportage, Marc Bergeron a dû se rendre dans plusieurs coins de la Colombie, parfois même sur le territoire de narcotrafiquants. Il était alors accompagné d’un fixeur, une personne servant de guide, d'interprète et d'intermédiaire pour des journalistes étrangers, souvent dans des zones de conflit ou à haut risque. « Pour prendre la photo d’une femme en particulier, je me suis rendu en territoire de narcotrafiquants. Ça m’a pris un an et demi pour avoir la permission du chef de gang pour entrer sur le territoire et pour me trouver un fixeur », mentionne le photographe.
Le danger était bien réel, insiste-t-il. « Par exemple, il fallait absolument qu’on soit sortis du territoire avant qu’il fasse noir parce qu’il y avait tellement de routes qu’un autre clan aurait pu nous prendre en otage. On aurait aussi carrément pu se faire tirer dessus. »
Mais comme ce fût le cas durant sa carrière aux Formes armées, le jeu en aura valu la chandelle, assure l’ancien photographe de guerre.