Le député bloquiste de Lac-Saint-Jean, Alexis Brunelle-Duceppe, voit la nouvelle majorité de Mark Carney à la Chambre des communes comme une potentielle menace vis-à-vis des intérêts de son comté et de tout le Québec.
Car, entre autres, dit-il, « ça va être plus difficile de négocier des choses en comité, où on avait la balance du pouvoir ».
La balance du pouvoir dans les comités parlementaires survient en situation de gouvernement minoritaire, lorsqu'un parti d'opposition détient suffisamment de sièges pour décider de l'issue d'un vote en se joignant à un autre parti. En mai 2025, le Bloc Québécois s'est retrouvé dans cette position au sein des comités fédéraux, lui permettant d'influencer directement les travaux législatifs.
Ainsi, désormais majoritaire, le gouvernement libéral n’est plus contraint de négocier pour faire adopter leurs projets de loi, rendant le rôle des partis d’opposition comme le Bloc Québécois d’autant plus important selon Alexis Brunelle-Duceppe. « On a vraiment besoin d’une opposition forte parce que si tu n’as pas une voix qui résonne à la Chambre des communes pour demander des comptes au gouvernement dans un contexte majoritaire, il n’y a jamais rien qui va sortir dans les médias. »
Selon le député, le Bloc aura intérêt à « changer de stratégie », que ce soit en utilisant davantage la pression populaire ou médiatique pour « faire valoir leurs points étant donné qu’au niveau parlementaire, ils [les libéraux] vont pouvoir faire pas mal ce qu’ils veulent ».
Le député bloquiste ajoute avoir eu vent que les libéraux souhaitaient « être un gouvernement de collaboration avec les oppositions même s’ils sont majoritaires ». « Après ça, poursuit-il, je suis obligé de leur donner une chance puisque c’est ce qu’ils ont dit. On va voir à l’usage si c’est ça qui va se passer. Jusqu’à présent, ça semble être le cas, mais il va falloir demeurer extrêmement vigilant.
Défense des intérêts jeannois à Washington
Ce que redoute par-dessus tout Alexis Brunelle-Duceppe et son parti, c’est que les intérêts du Québec et de son comté soient sacrifiés par un gouvernement majoritaire. Quelques inquiétudes ont déjà émergé à ce sujet.
« Le ministre Sean Fraser [ministre de la Justice et procureur général du Canada ]vient nous dire [la semaine dernière] qu’il veut peut-être encadrer la clause dérogatoire de la constitution canadienne. En faisant ça, il commence déjà à jouer sur la juridiction des provinces. »
Qui plus est, le député fédéral affirme qu’il redoublera d’efforts pour protéger les piliers économiques du Lac-Saint-Jean que sont l’agriculture, l’industrie du bois et la production d’aluminium. Il le fera d’abord du 11 au 14 mai prochain à Washington à titre de vice-président du Comité des affaires étrangères dans le cadre de négociations liées au réexamen de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) prévu pour juillet 2026.
« Je serai probablement le seul député présent lors de cette mission-là qui va parler des tarifs sur le bois d’œuvre, des tarifs sur l’aluminium et du fait que la gestion de l’offre est quelque chose de non négociable. »
Rappelons que le Sénat canadien a adopté le 17 juin 2025 le projet de loi C-202 (anciennement C-282), qui protège le système de gestion de l'offre. Cette loi, propulsée par le Bloc Québécois, vise à empêcher le gouvernement fédéral de concéder des parts de marché lors des futures négociations commerciales internationales pour le lait, la volaille et les œufs.