Une famille ukrainienne qui s’était établie à Saint-Gédéon il y a trois ans a choisi de retourner dans son pays le 30 juin dernier, convaincue que la guerre tire à sa fin. Maryna Bobyr, accompagnée de ses jumeaux de 11 ans, Larysa et Ivan, ainsi que son conjoint mexicain, Ivan Josée Naranjo Garcia, a quitté le Québec pour retrouver sa famille en Ukraine.
Interrogée la veille de son départ, alors qu’elle avait organisé une vente de garage devant sa résidence de la rue Dequen pour se départir de ses biens, la femme de 38 ans n’avait que de bons mots pour la région.
« Je ne vais jamais oublier les gens du Lac-Saint-Jean, a-t-elle confié. Ils ont un très grand cœur. Ils m'ont beaucoup aidée lorsque je suis arrivée ici. »
Maryna Bobyr avait trouvé refuge au Canada en 2022, quelques semaines après le déclenchement de l'invasion russe. Après un passage par Montréal, elle s'était installée à Saint-Gédéon l’année suivante, en profitant du programme canadien permettant aux Ukrainiens d'obtenir un permis de travail temporaire.
« J'étais seule avec trois de mes quatre enfants. Mon conjoint est venu seulement deux semaines avant de repartir au Mexique. Au début, je n'avais pas de voiture. Des gens m'emmenaient à mes rendez-vous ou faire l'épicerie. On m'a donné de la nourriture et beaucoup de soutien. »
Elle raconte avoir été accueillie comme un membre de la communauté.
« Ma patronne me donnait des conseils comme si je faisais partie de sa famille. »
Au cours de son séjour, Maryna a notamment travaillé à la Fromagerie Médard, puis dans une ferme de Saint-Gédéon. Elle a également obtenu son permis de conduire après deux années d'efforts.
Même si sa région d'origine, située dans l'ouest de l'Ukraine, a été relativement épargnée par les bombardements, les premières semaines de la guerre demeurent gravées dans sa mémoire.
Des alarmes à répétition
« Nous avions constamment des alarmes. Il fallait descendre au sous-sol avec les enfants. J'avais peur pour eux, mais aussi pour mon père et mon frère. »
Aujourd'hui, malgré un conflit qui se poursuit, elle estime que la situation s'est stabilisée dans sa région.
« Ma famille nous invite à revenir. Ils sont très optimistes. Ils soutiennent beaucoup l'armée et ils croient que l'Ukraine sera libérée. Leur courage m'inspire. »
Les liens familiaux ont également pesé lourd dans la décision, souligne Maryna Bobyr. Sa fille aînée est retournée vivre en Ukraine il y a deux ans, incapable de s'adapter. Quant aux jumeaux, ils s'ennuient de leur père, de leur sœur et surtout de leur grand-père.
« Larysa s'est très bien intégrée ici. Pour Ivan, c'était plus difficile. Il ne voulait pas vraiment apprendre le français ni se faire des amis francophones. Ils ont tous les deux très hâte de retrouver leur famille. »
Considérations administratives
Le retour est aussi motivé par des considérations administratives. Son conjoint n'a pas obtenu le permis de travail qu’il espérait et a dû retourner au Mexique l'été dernier.
« Nous croyons qu'il sera plus facile pour nous de bâtir notre vie en Ukraine », explique Maryna.
Pharmacien de profession, Ivan reconnaît que la perspective de vivre dans un pays en guerre suscite certaines inquiétudes.
« Bien sûr que j'ai des craintes. C'est normal. Mais j'aime Maryna et je veux soutenir sa famille. Le plus important, c'est que nous soyons ensemble. »
Âgé lui aussi de 38 ans, il apprend actuellement l'ukrainien et espère pouvoir exercer sa profession.
Le couple a quitté le Québec pour passer d’abord quelques jours au Mexique puis se diriger vers la Pologne, afin de rejoindre l'Ukraine en train. Avant de tourner la page sur ces années au Lac-Saint-Jean, Maryna a tenu à transmettre un dernier message.
« Merci aux gens d'ici. Je n'oublierai jamais leur générosité. Ils m'ont aidée à reconstruire ma vie au moment où j'en avais le plus besoin. »