Mercredi, 18 février 2026

Chroniques

Temps de lecture : 1 min 46 s

Retourne dans ton pays

Le 18 avril 2024 — Modifié à 12 h 00 min
Par Alexandra Gilbert

Quand j’ai décidé de chroniquer à propos de l’immigration, on m’a dit, ouf t’es sûre ? Gros sujet, sous quel angle ? Comment ? T’as pas peur d’avoir l’air raciste ?

De l’angle du cœur, quel autre ?

Ça fait 12 ans que j’ai adopté le Lac Saint-Jean comme maison du cœur et du corps et même ici, d’une métropole à la région, j’ai dû m’adapter et me moduler, avec le temps, changer pour y être bien et m’y mouvoir confortablement.

Je suis née dans Côte-des-Neiges, à Montréal. Je ne vivais pas dans le Côte-des-Neiges universitaire, je vivais à la limite du ghetto, là où c’était moi qui étais spéciale, en étant blanche et francophone de souche. Se mariaient les couleurs, les odeurs et les cultures, et cohabitaient dans les ruelles les enfants qui ne parlaient pas tous la même langue, mais jouaient ensemble grâce au langage universel de l’enfance.

Je parle d’il y a 25 ans. De classes d’accueil, de processus d’intégration imparfait, mais qui suffisait à la demande, et d’une adaptation lente et sécuritaire.

L’immigration est une nouvelle relation entre une famille et une terre d’accueil, un choix mutuel dans lequel on apprend à vivre ensemble, à s’adapter dans les limites de l’un et l’autre. Elle peut se faire sainement à la seule condition qu’on ait le temps et la patience de la développer cette relation, qui deviendra riche et fructueuse si et seulement si on lui en laisse le temps. Avec patience, des attentes claires, empathiques et réalistes, oui, ce sera beau, grandiose même.

Il est impossible de la brusquer, de forcer, auquel cas cette relation est violente et grugera l’un ou l’autre, l’âme de l’immigrant qui deviendra aigri et malheureux, l’âme du pays qui accueille, qui sera déchirée.

J’entends : « Ils se ghettoïsent, ils parlent et on comprend pas, ils nous méprisent, ils sont bizarres »

Même les Québécois se rassemblent dans le Sud, en tant que glorieux Tabarnacos una cervaza por favor, rire gras.

Imagine si on t’accueillait à coups de regards haineux et de « Retourne dans ton pays ». Imagine si tu n’avais pas la sécurité de retourner dans ton confort après 2 semaines à te faire servir.

C’est normal de se tourner vers ce qu’on connaît quand on est déporté.

Tu ne serais pas menacé par la différence si ta confiance en ton identité était solide.

Contrôler son immigration, c’est prendre le temps de bien recevoir, accueillir.

Ça se fait, les mains sur le volant, en ouverture et en respect mutuel. Ne pas brusquer, ne pas surcharger. Laisser le temps à la magie de s’opérer.

J’y crois.

RECOMMANDÉS POUR VOUS


Publié le 12 février 2026

Musée de l’aluminium : Shawinigan nous a dépassés

Il y a 4 ans, j’ai écrit dans cette colonne une carte blanche intitulée : Un musée de l’aluminium, c’est le temps d’agir. J’arrivais alors de Val d’Or, où j’avais découvert un endroit qui m’a jeté à terre, la Cité de l’Or, un musée qui permet aux gens de visiter une ancienne mine d’or. Tout y est, on nous transporte 300 pieds sous terre, où on voit ...

Publié le 7 février 2026

La valeur d’un arbre debout

Y’a un lot qui vient d’être vendu près de chez moi. Avec des arbres dessus, des fleurs pis des abeilles, des familles de p’tits suisses qu’on voit pas parce que c’est l’hiver. Les chevreuils s’y retrouvent souvent, ça fait plusieurs fois que je les croise dans ce coin-là. Mais c’est des détails tout ça, ça intéresse personne pis la signature sur ...

Publié le 6 février 2026

À propos des autres

Cette semaine, j’ai appris un nouveau mot. J’étais assis au département de philosophie de mon collège et j’essayais d’avancer dans mes petites tâches de professeur. Ce ­matin-là, au département, nous avions la visite de deux étudiantes. Elles ont un peu adopté notre petit bout du cégep comme refuge. Elles sont toutes les deux parfaitement bilingues, ...

Abonnez-vous à nos infolettres

CONSULTEZ NOS ARCHIVES