« Si mon histoire a pu en inspirer un seul, c’est déjà une réussite! », confie le barbier Jonathan Doré après qu’un groupe d’élèves de son ancienne école secondaire, l’école Curé-Hébert, lui ait rendu visite à son salon de la rue Sacré-Cœur, à Alma.
L’activité de médiation s’est déroulée au début d’avril dans le cadre de la semaine Voir autrement « Kaléidoscope », une initiative de l’école Curé-Hébert visant à stimuler l’ouverture d’esprit des élèves en les exposant à des personnes, des parcours et des carrières hors de l’ordinaire.
« C'était quand même surréel, admet Jonathan Doré, de faire une démonstration de taille de barbe sur mon ancien professeur [Patrice Gilbert], qui n’aurait pas donné cher de ma peau au secondaire. Et je ne peux pas le blâmer : à ce moment-là, je n’étais vraiment pas un exemple de réussite! »
Pour le barbier originaire de Saint-Bruno, ce fût l’occasion d’humblement partager son parcours et les épreuves qui l’ont ponctué et malgré lesquelles il n’a jamais cessé d’avancer pour éventuellement devenir propriétaire de son propre salon de barbier à Alma, La Guillotine.
« On a parlé de mon parcours assez atypique, en passant par l’intimidation dont j’ai été victime au primaire, les 60 jobs que j'ai eus avant de trouver ce qui me passionnait vraiment, la publication d'un recueil de poésie, etc. »
Jonathan Doré souligne que son objectif « n’était absolument pas de leur inculquer [aux jeunes] quoi que ce soit. Je leur ai simplement dit : “aujourd’hui, je vais juste vous parler de mon parcours à moi. Je ne suis pas là pour vous dire que mon parcours est bon ou mauvais, je suis juste là pour vous le raconter. J’espère que ça va vous parler un peu, et si ça vous inspire, je serai vraiment content!” »
Épreuves
En raison du poids qu’il avait à l’époque, Jonathan Doré dit avoir été victime d’intimation lors de ses années à l’école primaire. « Ça n’a vraiment pas été facile », admet-il, estimant que cela a sans doute dû avoir des impacts sur sa confiance en soi.
L’école n’a pas été facile non plus sur le plan académique pour celui qui vit par ailleurs avec un TDAH. « Disons que j’ai doublé plus d’une fois », illustre-t-il, précisant qu’il aurait probablement arrêté l’école « bien avant » si ça n’avait été du programme sport-études planche à neige de l’école secondaire Curé-Hébert.
Au sortir de l’adolescence, le jeune homme qui ne terminera finalement pas son secondaire se met à enchaîner les petits boulots. « J’ai dû avoir une soixantaine de jobs entre 17 et 27 ans, et ce n’est pas une façon de parler. Je me tannais toujours rapidement, parfois après trois mois, parfois même durant le premier @Ri:shift@Ri. »
Il trouve sa vocation
Malgré sa difficulté à trouver un emploi qui lui donne envie de se lever le matin, Jonathan Doré ne désespère pas. N’ayant plus rien à perdre, à 27 ans, il tente le coup comme barbier à l’essai dans un salon de Québec. Comme il le dit, « rendu-là, une formation de plus ou de moins, ça n’aurait pas changé grand-chose. »
Heureusement, cette fois fut la bonne. « Je me suis fait former, et depuis 2017, je n’ai jamais arrêté ». Le barbier explique que la grande différence avec les autres métiers qu’il avait expérimentés, c’est qu’il n’avait « plus l’impression d’aller travailler » lorsqu’il s’installait à sa chaise.
« J’ai fini par comprendre que moi, j’avais besoin d’une certaine reconnaissance, j’avais besoin que les gens soient contents de ce que je fais. Et comme barbier, tu le sais immédiatement parce que les gens te le disent. J’ai compris que pour moi, le plus important, c’était de faire triper le monde. »
C’est dire que pour Jonathan Doré, il s’agissait de trouver un métier qui corresponde à sa personnalité hors normes. Il mentionne qu’en tant que personne vivant avec un trouble d’opposition, devenir propriétaire de son propre salon s’est avéré une véritable bénédiction. « Ici, il n’y a personne qui me dit quoi faire. Ça a pris du temps, mais aujourd’hui, je comprends que je n’aurais jamais pu faire du 9 à 5 pour quelqu’un d’autre. Après ça, c’est sûr qu’il y a des contraintes. Par exemple, si je me casse un bras, je ne peux pas travailler et je n’ai plus de revenus. Mais en même temps, je peux prendre des vacances quand je veux en ajustant mon horaire comme il faut. »
En somme, résume le barbier : « il n’y a pas une voie meilleure qu’une autre, mais personnellement, moi, je voulais travailler à réaliser mon rêve plutôt que de travailler pour réaliser le rêve d’un autre ».
L’habit ne fait pas le moine
La rencontre visait également à faire tomber certains tabous. « Dans mon cas, indique Jonathan Doré, je voulais entre autres faire comprendre aux jeunes que ce n’est pas leur apparence qui va définir ce qu’ils peuvent faire ou non dans la vie. »
Il faut savoir que le barbier a plus d’un tatouage. En fait, il en est presque recouvert de la tête aux pieds. Or, selon une étude réalisée en 2019 par la firme Ipsos, plus du tiers des Québécois sont maintenant tatoués. Comme quoi les tatouages ne sont plus aussi stigmatisants qu’auparavant, prouvent Jonathan Doré et son histoire.