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Manque de pharmaciens: un problème complexe qui n’est pas prêt de se régler

Yohann Harvey Simard
Le 09 avril 2022 — Modifié à 12 h 11 min le 09 avril 2022
Par Yohann Harvey Simard - Journaliste de l'Initiative de journalisme local

S’il est aujourd’hui particulièrement criant, le manque de pharmaciens ne date toutefois pas d’hier. À l’origine du problème, de multiples causes.

« Ça va faire 20 ans que je suis propriétaire, et ça doit faire 18 ans que je suis mal prise », illustre Caroline Lamontagne, pharmacienne propriétaire du Jean Coutu de Roberval.

Selon elle, la difficulté à recruter des pharmaciens s’explique en partie par la répartition de ces derniers à travers un nombre toujours plus grand de pharmacies.

« La pénurie de pharmaciens a commencé aux alentours de 1998. Mais ce qui a aggravé la pénurie, c’est que les bannières ont ouvert beaucoup, beaucoup, beaucoup de nouvelles pharmacies. Et quand une pharmacie est ouverte, elle doit avoir minimalement un pharmacien en service. »

Or, en même temps que les besoins en pharmaciens ont augmenté, le nombre de nouveaux diplômés, lui, est resté sensiblement le même.

« Le problème, c’est la capacité d’accueil des universités. Elles l’ont augmentée un peu au cours des dernières années, mais pas assez pour répondre à la demande », déplore André Auclair, pharmacien copropriétaire d’Accès pharma à Alma.

À cet égard, Caroline Lamontagne pointe du doigt l’Association des pharmaciens du Canada, laquelle avait notamment infligé un blâme à l’Université de Montréal en 1996 « pour avoir accepté un plus grand nombre d’étudiants que le 90% des besoins anticipés. »

« Ils voulaient comme créer une pénurie pour pas que les salaires baissent », s’était alors insurgée la pharmacienne en devenir.

Les régions plus frappées

Par ailleurs, Caroline Lamontagne estime que ce sont les régions, comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui sont les plus touchées par le manque de pharmaciens. Pour cause, elle mentionne notamment l’absence de primes d’éloignement, telles que celles offertes aux médecins.

« À Alma, un médecin, c’est payé 115% de son salaire parce qu’Alma est considérée en région éloignée. À Roberval et au nord de Roberval, c’est 135%. D’ailleurs, c’est pour ça que certains vont choisir Alma ou Roberval au détriment de Dolbeau-Mistassini. Ils ne sont pas payés plus cher à Dolbeau-Mistassini. »

Caroline Lamontagne paie en moyenne ses pharmaciens de 6 à 7$ de plus qu’à Québec, supplément qu’elle doit payer entièrement de sa poche.

Rappelant que les deux seules universités offrant un cours en pharmacie se trouvent à Québec et Montréal, elle soutient qu’il est d’autant plus difficile d’attirer des pharmaciens au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« En partant, si tu es originaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, tu dois absolument t’exiler quatre ans. Mais qui dit que tu vas revenir? Peut-être que t’as aimé ça là-bas. Tu vas peut-être t’être fait un conjoint entre temps. Est-ce que le conjoint va vouloir s’en venir? »

On fait la « sourde oreille »

Marcel Carrier, pharmacien propriétaire de deux Jean Coutu à Alma, a quant à lui tenté de sensibiliser « tous les paliers possibles » à la pénurie de pharmaciens.

« L’Ordre des pharmaciens, l’AQPP (syndicat représentant tous les pharmaciens propriétaires du Québec), mon député, ma bannière, j’ai parlé à tout le monde, mais tout le monde a fait la sourde oreille en me disant que j’imaginais une pénurie qui n’existait pas. Mais c’est sûr que ces gens-là, ils sont presque tous à Montréal et qu’ils ne sont pas au courant de ce qu’il se passe ici. »

 

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